Europe / Achevons l’euro!

Marc Fassone / Champagne!

On célèbre les 20 ans de l’euro. Mais que fête-t-on exactement?

Une belle idée, c’est sûr. Mais inachevée.

Une monnaie unique, c’était un pas de plus vers une plus grande intégration du continent. «Intégration» et non «fédération», le mot proscrit. C’est pour cela que l’Allemagne a consenti à sacrifier le Mark, son élément de souveraineté le plus puissant. Espérant que d’autres en feraient de même avec leur point fort de souveraineté. Raté. La France n’a jamais voulu mettre en commun sa puissance politique et militaire. D’où un euro bancal. Sans budget européen et sans ministre des Finances européen; conséquences pourtant logiques d’une monnaie unique.

Au premier grand choc, la crise de 2008, l’édifice a vacillé. Et s’il a résisté, ce fut à un prix exorbitant: l’Allemagne s’est octroyé un véritable droit de veto sur le fonctionnement de la zone euro. Un véritable hold-up démocratique.

Demandez aux Grecs: c’est le Bundestag qui a fait sa loi sur la question du sauvetage d’Athènes. Pas le peuple grec. Et l’on s’étonne que les gens n’aiment pas l’euro! Economiquement parlant, ils ont tort. La monnaie unique a protégé l’Europe à de nombreuses occasions. Politiquement parlant, les critères de Maastricht asphyxient la démocratie. En cette année électorale en Europe, il faut mettre sur le tapis la question de rendre aux Européens le droit de gérer leur monnaie.

Débattre de cette question aidera à parachever l’euro. L’ignorer l’achèvera à coup sûr.