Eurogroupe: l’avenir de Dijsselbloem incertain après le vote néerlandais

L’avenir du Néerlandais Jeroen Dijsselbloem à la tête de l’Eurogroupe, institution clé des pays ayant adopté la monnaie unique, paraît plus incertain depuis la déroute historique mercredi de son parti travailliste aux élections législatives aux Pays-Bas.

Ministre des Finances dans le gouvernement sortant du Premier ministre Mark Rutte, M. Dijsselbloem pourrait en effet perdre son portefeuille dans la prochaine coalition qui va se former à La Haye. Car son parti travailliste (PvdA), deuxième force dans le Parlement sortant, a essuyé une défaite sans précédent. Selon des résultats provisoires, il passerait de 38 députés à 9 seulement.

M. Dijsselbloem a reconnu la défaite de son parti. « Des résultats très décevants pour le PvdA. Mais la vaste majorité des électeurs ont rejeté les populistes. Ce qui donne espoir pour l’avenir », a-t-il écrit sur Twitter. Et il s’est montré combatif pour garder ses hautes fonctions européennes: « Il faut former une nouvelle coalition gouvernementale mais mon mandat à la tête de l’Eurogroupe court jusqu’en janvier 2018 », a-t-il rappelé.

Agé de 50 ans, M. Dijsselbloem préside cette puissante institution de la zone euro, qui réunit les ministres des Finances des pays ayant adopté la monnaie unique, depuis janvier 2013. Son mandat de deux ans et demi a été renouvelé en juillet 2015, en pleine crise grecque, et court jusqu’au mois de janvier 2018. Quasi inconnu à son arrivée à ce poste début 2013, il s’était hissé au statut d’interlocuteur incontournable et respecté lors des âpres négociations avec le gouvernement grec. Lors de sa reconduction, en juillet 2015, son concurrent était le ministre espagnol de l’Economie, le conservateur Luis de Guindos. Interrogées par l’AFP, des sources gouvernementales espagnoles n’ont pas voulu se prononcer sur une éventuelle nouvelle candidature de M. de Guindos. Pour l’instant, il n’existe aucune règle précise sur ce cas de figure: si M. Dijsselbloem devait quitter son portefeuille à la suite de la déroute des travaillistes aux législatives, rien ne l’empêcherait en théorie de rester président de l’Eurogroupe. Dans le protocole 14 du Traité de Lisbonne (2009), il est simplement précisé: « Les ministres des Etats membres qui ont pour monnaie l’euro doivent élire un président pour deux ans et demi à la majorité des Etats membres ».

– Fin de mandat 2018 –

Après les élections de mercredi, des discussions pour former le nouveau gouvernement aux Pays-Bas pourraient prendre plusieurs semaines, car la formation d’une coalition « à la néerlandaise » est un processus complexe. « Pendant cette période, M. Dijsselbloem reste ministre des Finances et par conséquent aussi président de l’Eurogroupe », a commenté à Bruxelles un haut fonctionnaire européen. « Son mandat cesse en janvier 2018. Si quelque chose survient entre, c’est à l’Eurogroupe de décider », a-t-il ajouté. Selon les règles actuelles, « un candidat doit être ministre des Finances. Mais cela n’a pas d’impact sur la suite de la présidence de M. Dijsselbloem », a observé le haut fonctionnaire sous couvert de l’anonymat.

Avant M. Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe était Jean-Claude Juncker (de 2009 à 2013), alors Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg.

Parmi les éléments qui plaideraient en faveur du maintien de M. Dijsselbloem à la tête de l’Eurogroupe, son appartenance à une formation social-démocrate pourrait bien compter.

En effet, depuis le départ du social-démocrate allemand Martin Schulz de la présidence du Parlement européen, les trois postes clés des institutions européennes sont entre les mains de conservateurs: le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la Commission, le Polonais Donald Tusk au Conseil et l’Italien Antonio Tajani au Parlement.

Cette domination conservatrice a provoqué des grincements de dent. Parmi les autres postes importants de l’UE, la cheffe de la diplomatie européenne, l’Italienne Federica Mogherini, appartient comme M. Dijsselbloem à un parti social-démocrate.