Et toujours le redoublement

De l’école
Comme revient chaque été dans la presse le monstre du Loch Ness, la question du redoublement d’une classe réapparaît régulièrement dans l’actualité scolaire, autant internationale que luxembourgeoise.
Cette fois-ci, c’est le ministre macronien de l’Education nationale, J.-M. Blanquer, qui a abordé le sujet en prenant le contre-pied de celle qui le précédait. Dans la nouvelle politique scolaire française, ce redoublement ne sera plus banni du vocabulaire. Il est vrai que les réserves exprimées donnent raison à celui qui, sur Twitter, ironise: «Le redoublement était interdit sauf cas exceptionnel et il va maintenant être autorisé dans des cas qui doivent rester rares.»
Depuis le ministère Delvaux, le terme «redoublement» n’apparaît plus dans le vocabulaire du fondamental. La manière (hypocrite au possible!) de s’exprimer aujourd’hui est la suivante: «La décision de raccourcir ou d’allonger un cycle ne peut être envisagée que de manière exceptionnelle.» Mais passons…
Il n’y a pas mille raisons pour lesquelles des enseignants se décident à faire redoubler un élève. La normalité, c’est la paresse de l’élève.
En effet, malgré toutes les explications farfelues de nombreux pédagogistes, l’élève a l’obligation de travailler pour réussir son année.
S’il ne le fait pas, les risques d’une année perdue sont évidents. Le redoublement constitue alors une seconde chance pour l’élève, à la condition que lui et ses parents soient conscients de l’importance qu’il faut accorder à l’effort.
Certains redoublements sont dus à une réelle malchance. Les conditions familiales ou l’état de santé ont pu constituer à certains moments-clés de l’année des obstacles inattendus qui ont empêché un apprentissage sérieux de la part de l’élève; une seconde chance peut lui permettre de bénéficier de conditions plus favorables.
Une raison supplémentaire peut résider dans l’injustice.
Je n’irai certainement pas aussi loin dans la généralisation qu’un Thierry Troncin qui, dans sa thèse de doctorat, n’hésite pas à qualifier le redoublement comme étant l’unique reliquat du pouvoir que peut exercer le professeur. Une telle conception me paraît exceptionnelle, même si je me souviens parfaitement en avoir souffert personnellement; une mauvaise note inventée délibérément par mon professeur de latin m’a coûté une année. Ma haine pour ce vil personnage ne s’est pas arrêtée à sa mort.
Il y a toutefois certainement une catégorie de redoublements qui ne se justifient pas; il y a des cas où l’élève n’a pas les capacités requises pour réussir son année.
Il est peu probable, improbable même, qu’elles puissent être acquises en une année supplémentaire. L’élève réussira peut-être l’année qu’il redouble, mais cela ne fera que reporter d’une année un échec définitif.
Il doit être réorienté.
André Wengler