Et s’il avait été…

DANIELE FONCK / … un bien meilleur président de la République que l’on a bien voulu le dire?

Lorsqu’il quittera, au beau mois de mai, ce palais de l’Elysée qui isole, enferme, pèse, on ne peut que souhaiter un soleil radieux à François Hollande, qui aura subi tant d’averses pendant son mandat. Lui qui a été raillé plus que de raison, en particulier lors des cérémonies en mémoire de la Première Guerre mondiale, et avait eu ce mot si gaullien: «Il y avait eu tous ces anciens combattants qui avaient souffert dans leur chair, mouillés, et moi j’aurais demandé un parapluie…»

Oui, Hollande sera, rétroactivement, un cas d’école pour les aspirants journalistes. Car il aura fallu cinq années pour que la «noble» presse parisienne (et parisianiste) découvre que son mandat fut infiniment plus riche que ceux de Sarkozy et Chirac. Mais l’on ne voit que ce que l’on veut voir et l’on juge après avoir préjugé. Trop souvent. Bien des progrès furent accomplis dans ce pays conservateur qu’est la France, avec son patronat toujours très largement archaïque, son peuple irréformable et ses syndicats d’un autre âge, si peu représentatifs qu’ils se sentent obligés de râler avant même d’avoir lu et examiné une proposition de réforme. Ce qu’admettent même leurs collègues européens.

Le président a commis quelques erreurs évidentes. Il n’a pas eu le courage de dire, dans le droit fil de son élection, ce qu’il en était de l’héritage Sarkozy. En bref, ce que le Premier ministre Fillon avait qualifié d’une France «en état de faillite».

Difficile de donner quand on ne peut décemment pas; difficile aussi de tenir certaines promesses qu’on a faites en les croyant réalisables. Hollande fut un rassembleur et un grand président quand la France, à Paris et à Nice, fut frappée par l’horreur terroriste. Grâce à lui, Paris devint la capitale du monde.

S’il avait échappé à la superflue et irréalisable idée de déchéance de nationalité, son parcours eût été alors un sans-faute.

Erreur de jugement également dans l’affaire Leonarda, dossier qu’on laisse aux préfets et autres technocrates au lieu d’aller s’y brûler. Reste que la principale faiblesse du président, cause durable du désamour avec son peuple, aura été la communication. Tant sur le plan politique que personnel. Faille à laquelle il peut ajouter son besoin quasi maladif d’expliquer, encore et toujours, à des journalistes le comment et le pourquoi de ses choix. Comme si un chef d’Etat pouvait ignorer que ses décisions – bonnes ou mauvaises – sont toujours un acte solitaire.

«Qui est François Hollande?», se demande aujourd’hui la caste médiatique qui le suit et le courtise depuis longtemps. La véritable question devrait pourtant être: «Pourquoi l’Elysée isole-t-il systématiquement tous ses occupants?»

L’actuel président est quelqu’un de volontiers rigolo, débatteur, contradicteur, commentateur, fin analyste. Très vite, il s’est retrouvé seul, avec un petit carré de fidèles dont l’ami loyal, Julien Dray, le revenant Jean-Pierre Jouyet, Thomas, le fils, et enfin Ségolène, qui ne le trahira jamais.

En y regardant de plus près: Charles de Gaulle eut ses barons. Encore que… Dans les moments les plus difficiles, les Pompidou purent compter leurs amis sur les doigts des deux mains. Giscard vécut sur un nuage royal et François Mitterrand fut un cas à part. Pour Chirac, il y eut Claude, sa fille, Bernadette, la rude épouse, Jean-Louis Debré, l’ami…

Quant à Sarkozy? Et s’il avait été un extraverti très introverti?

François Hollande saura dans quelques années ce que retiendra l’Histoire. La vraie, celle des livres d’histoire justement. Pas celle des magazines people, ni celle des journalistes stars. On observera comment il rebondira, en Europe ou en France. Nous fûmes critiques à chaque fois qu’il fit fausse route. Ce qui nous autorise à dire, alors que le quinquennat s’achève, qu’il est un homme brillant, doté d’une fine intelligence, un homme subtil… qui n’a jamais tombé le masque.

Il suffisait, pourtant, de l’approcher de plus près, de regarder ses yeux qui riaient, qui exprimaient son extraordinaire vivacité et qui pétillaient d’intelligence pour comprendre qu’il était bien meilleur que la plupart de ses juges.