Et la culture?

JACQUES HILLION /La campagne pour la présidentielle déborde largement des frontières de l’Hexagone. Ainsi, selon Courrier international et Google, le pays qui s’intéresse le plus à cette joute politique et à ses rebondissements est… l’Inde. Le Luxembourg n’est pas en reste puisqu’il occupe la septième place.

La place occupée par Marine Le Pen n’est pas étrangère à cette situation. Elle est le reflet de cette bataille pour la conquête de l’Elysée, mais surtout, à l’image de la campagne américaine, de deux conceptions de la France et de l’Europe qui s’affrontent.

A moins de trois semaines du premier tour, le débat rassemblant les onze candidats n’a pas remis en cause la fracture qui s’installe et que l’on réduit trop facilement à l’étiquette populiste. Les «grands» candidats aux discours formatés, à la communication habile et aux contre-vérités assumées ont montré qu’ils savaient jouer le jeu. Au point que les casseroles qu’au moins deux d’entre eux traînent dans leur sillage n’apparaissent même plus comme des boulets. Bien sûr, certains s’en sortent mieux que d’autres. Un Mélenchon profite de ses qualités de tribun. L’homme a appris de ses échecs pour mener une campagne qui sort du lot. Un Macron tire son épingle du jeu en s’affirmant de mieux en mieux auprès de ses électeurs. Et une Le Pen affiche sa véhémence en guise de programme.

Toutefois, dans cet improbable et impossible débat à onze (avec dix-sept minutes de parole par candidat, quel électeur est capable de se forger une opinion sur leurs programmes respectifs?), ce sont bel et bien les «petits» qui ont attiré l’attention.

Philippe Poutou, le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a su se faire entendre dans le brouhaha généralisé avec ses mots de tous les jours, ses provocations qui, tout compte fait, ne font que reprendre ce qui se dit dans la rue, au bureau ou au comptoir. Un franc-parler qui dénote et qui, à en croire les réactions, a plu.

Au-delà du coup médiatique de Poutou, la présence des «petits» a laissé émerger un rejet de la politique professionnelle, quelles que soient les idées exprimées.

Au soir du 7 mai, le vainqueur devra tenir compte de la colère et du désarroi manifestés. Le succès de la candidature de la représentante de l’extrême droite, dont on prédit la présence au second tour, s’impose comme l’expression de l’inquiétude qui habite la France.

Aussi bien le candidat privilégié du vote utile que ceux qui croient encore en leurs chances de participer à la finale ne peuvent l’ignorer. Pour que les lendemains ne déchantent pas après la victoire républicaine, qu’on appelle de tous nos vœux, ils doivent dépasser les postures de campagne et, pour certains, ne pas déjà se focaliser sur les législatives du mois de juin.

Les programmes pour l’ensemble des candidats font la part belle aux propositions économiques et sociétales. Les solutions qu’ils souhaitent apporter dans ce cadre pour relever la société française ne devraient pas être les seuls modes d’action pour faire face au discours d’exclusion qui s’installe avec une désarmante facilité.

Jacques Attali, avec un regard d’une justesse effrayante, a remarqué que la culture avait été absente du débat. Elle l’est pratiquement également de tous les programmes. C’est triste pour un pays qui se veut l’expression de l’exception culturelle. Et cela l’est encore plus si l’on se demande comment procéder pour (re)construire les ponts nécessaires au vivre ensemble.