Espoirs partagés / Les européennes en ligne de mire

Jacques Hillion / Les élections européennes auront lieu dans quatre mois et elles sont déjà dans toutes les têtes. En tout cas, le CSV et Déi Gréng l’ont exprimé clairement lors de leurs cérémonies de vœux de la semaine passée. Les premiers ont une revanche à prendre après leur échec aux législatives et entendent conserver leurs trois députés. Les seconds, forts de leur succès, sont sur un nuage. Ils ont le vent en poupe. Et ils le savent d’autant plus que Tilly Metz a repris avec panache le siège de Claude Turmes il y a quelques mois et que les résultats des élections régionales allemandes ainsi que des communales belges et néerlandaises confortent leurs espoirs au niveau européen. De là à rêver d’un second siège… A défaut de l’exprimer, certains y pensent.

Le défi n’est pas seulement pour les écologistes. L’extrême droite populiste, anti-européenne, veille et espère. Le succès de Vox en Espagne, faiseur de rois andalou, éveille des espoirs tandis que Marine Le Pen s’empare volontiers de la crise des gilets jaunes en France pour prendre sa revanche sur la présidentielle et installer le Rassemblement national (ex-Front national) en tête des partis français. L’ambition est claire et ne se limite pas à l’Hexagone. Forts de l’appui de Steve Bannon, ancien conseiller stratégique de Donald Trump, les nationalistes identitaires comptent bien renforcer leur poids en Europe pour mieux la détruire.

Les crises qui secouent certains pays européens apparaissent ainsi comme une aubaine pour ces fossoyeurs de l’Union européenne. Le Brexit est une aubaine car il souligne l’aspiration nationaliste. L’échec de Theresa May ne peut que les conforter alors qu’ils dénonçaient le projet de divorce «à l’amiable» comme un chantage de Bruxelles pour que d’autres pays ne suivent pas le chemin tracé par les Britanniques. Quant aux gilets jaunes, si le RN tente de faire sien ce mouvement de contestation en se faisant le chantre du nationalisme face à la mondialisation, il met surtout en difficulté Emmanuel Macron. Lui qui se voyait comme le héraut du clan progressiste européen doit d’abord se libérer rapidement de la nasse dans laquelle il est enferré s’il veut jouer le rôle qu’il s’est fixé.

Dans ce contexte, c’est bel et bien le PPE (Parti populaire européen) qui peut tirer son épingle du jeu. A moins que la gauche ne se réveille. Et là, tous les regards se portent vers Jeremy Corbyn…