Espoir / La gauche et les législatives espagnoles

Jacques Hillion / Les résultats des législatives anticipées espagnoles permettent d’osciller entre pessimisme et optimisme.

Le pessimiste s’attardera sur l’entrée de Vox aux Cortes. Le parti ultranationaliste de Santiago Abascal – le «conquistador macho» de l’extrême droite espagnole qui a fourbi ses armes en Andalousie – y remporte 24 sièges. Quarante ans après la disparition de Franco et de sa dictature, il y a de quoi rester dubitatif sur le succès de la campagne de Vox qui, pêle-mêle, s’est attaqué aux séparatistes catalans, aux clandestins ainsi qu’aux droits des femmes et des homosexuels. Il capitalise ainsi 10% des voix, son europhobie l’ayant toutefois desservi aux yeux des électeurs.

L’optimiste s’attachera, lui, à la victoire du socialiste Pedro Sanchez. Le rose de la social-démocratie retrouverait-il de l’éclat?

En tout cas, il redonne espoir à la gauche, là où elle est mal en point, comme c’est le cas en Italie ou en France.

Bien sûr, la gauche est au pouvoir au Portugal, en Grèce, en Suède, en Allemagne ou encore au Luxembourg. A l’issue des élections européennes, le camp socialiste devrait même rester la deuxième force européenne après les conservateurs.

Sa faiblesse réside toutefois dans le fait qu’elle peine à se faire entendre. C’est la politique libérale qui s’impose sur la scène européenne tandis qu’en réaction, les nationalistes et autres souverainistes, la xénophobie en étendard, culminent. Quant à la gauche de la gauche, enfermée dans ses préceptes, elle n’a jamais réussi à prendre la place de la social-démocratie, même vacillante. La victoire de Pedro Sanchez lui redonnera-t-elle de la vigueur? En tout cas c’est dans le cadre de ce triangle que la social-démocratie doit tracer son avenir. Face à un monde qui bouge, elle doit s’adapter pour mener de front défense de la justice sociale et respect de la planète.

Le Premier ministre espagnol a su renouveler le PSOE (parti socialiste espagnol) en se montrant proche des préoccupations populaires. Mais la social-démocratie doit éviter les errements qui l’ont conduite, dans bien des pays, là où elle est. A l’image d’un Manuel Valls, ancien Premier ministre socialiste français, qui brigue aujourd’hui la mairie de Barcelone sous l’étiquette Ciudadanos (centre-droit), un parti qui refuse de s’allier avec la gauche.