Espagne, France, Allemagne… L’UE, partenaire de poids de Cuba

La décision de l’administration Trump de permettre des actions en justice contre les entreprises étrangères présentes à Cuba menace en particulier les intérêts de l’Union européenne, Espagne en tête.

L’UE, qui avait investi au total en 2017 un demi-milliard d’euros à Cuba, rappelle dans une fiche technique sur ses relations avec l’île communiste qu’elle est « le plus grand investisseur étranger à Cuba, surtout dans les secteurs du tourisme, de la construction, des industries légères et agricoles ».

C’est pourquoi elle a menacé de saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les tribunaux européens si les Etats-Unis appliquent pleinement le 2 mai, comme ils l’ont annoncé, la loi Helms-Burton de 1996, qui y autorise les actions en justice sur les biens confisqués lors de la révolution cubaine de 1959.

L’investissement étranger est clé pour l’île des Caraïbes: en 2017, elle n’en a attiré qu’à hauteur de 2 milliards de dollars, loin des 5 milliards jugés nécessaires pour relancer sa croissance. Selon son ministère des Affaires étrangères, l’Espagne est le « principal investisseur dans un large éventail de secteurs ».

Tout en précisant que Cuba ne détaille pas la liste des investisseurs pour leur éviter des sanctions américaines, Madrid chiffre, selon des données officieuses, à 37 le nombre d’entreprises espagnoles présentes sur l’île, plus huit dans la zone spéciale de Mariel, pour une injection totale de 371 millions d’euros en 2016. L’exécutif du socialiste Pedro Sanchez, premier chef du gouvernement espagnol en exercice à avoir effectué une visite officielle sur l’île en 32 ans, a rejeté mercredi dans un communiqué la mesure de l’administration Trump, assurant qu’elle « détérior(ait) les relations bilatérales entre pays alliés, en plus de porter sérieusement préjudice au bien-être de la population cubaine ». Madrid « va se trouver aux côtés des entreprises espagnoles » à Cuba, a promis mercredi la porte-parole du gouvernement, Isabel Celaa.

La présence espagnole se fait sentir en particulier dans le tourisme, avec 80 contrats d’administration hôtelière répartis entre une dizaine d’entreprises dont les groupes Melia, gérant d’Habana Libre, établissement emblématique de la capitale cubaine, et NH Hotels. La France joue aussi un rôle important à Cuba, avec une trentaine d’entreprises implantées. Parmi elles, le numéro deux mondial des spiritueux Pernod-Ricard, détenteur des droits du rhum cubain commercialisé sous la marque Havana Club et engagé dans une bataille juridique avec l’Américain Bacardi pour la vente du « vrai rhum de Cuba ».

Le géant de la construction Bouygues et Aéroports de Paris sont chargés de l’agrandissement, la modernisation et la gestion de l’aéroport de La Havane. Le géant des hydrocarbures Total est présent depuis 1993 essentiellement dans la distribution de produits pétroliers. Le groupe hôtelier Accor prévoit d’inaugurer en septembre un 5 étoiles dans la capitale cubaine, un Sofitel sur le Malecon, célèbre boulevard havanais le long de la mer.

Par ailleurs, la SNCF a affirmé samedi dernier qu’elle espérait signer « dans quelques semaines » un accord pour rénover des ateliers et des locomotives à Cuba. La France a ouvert en 2017 une antenne de l’Agence française de Développement (AFD) dans l’île pour financer différents projets d’infrastructure et de développement durable à partir des fonds tirés de la renégociation d’une partie de la dette cubaine.

L’Allemagne reconnaît que ses relations économiques avec Cuba sont « faibles ». Parmi les rares entreprises présentes, Eff Management et MTU Friedrichshafen y construisent des centrales photovoltaïques et thermiques au diesel, ou le transporteur MAN. « L’Allemagne est, avec la Chine et de plus en plus le Japon, le plus important fournisseur de matériel médical pour Cuba », selon l’agence allemande pour l’investissement étranger GTAI. Braun, Otta Bock, Siemens, Carl Zeiss et Sartorius sont aussi présents mais les volumes de leurs importations sont « très volatils ». En dehors de l’UE, le Canada est un investisseur significatif à Cuba dans l’énergie, le tourisme et le secteur minier. Le groupe canadien Sherritt Mining est le premier investisseur étranger sur l’île, selon Ottawa.