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8_0008_4_v0_Jacques_HillionJacques Hillion / Les élections grecques du 25 janvier resteront-elles dans l’histoire pour avoir changé le cours de l’Europe? Nul ne le sait encore. Par contre, la charge symbolique du triomphe de Syriza est énorme et entretient tous les espoirs.
Syriza, avec à sa tête Alexis Tsipras, n’a pas seulement raté la majorité absolue d’un seul siège, elle a aussi laminé les partis historiques grecs, Nouvelle Démocratie et Pasok, qui, il y a une dizaine d’années encore, cumulaient pratiquement 86% des suffrages. Ces deux-là ont payé dimanche dernier leur lourde responsabilité dans les maux grecs actuels. Un des enjeux incontournables pour Syriza et son allié – les Grecs indépendants – sera de reconstruire cet Etat grec pour l’affranchir du clientélisme, de la bureaucratie et de la corruption qui, au fil du temps, sont devenus ses signes distinctifs.
Syriza devra également montrer sa capacité à gérer son improbable partenaire, tout du moins vu d’ici. Leur point commun réside certes dans «l’anti-austérité», mais avoir offert le secrétariat d’Etat à l’immigration à un parti dont la xénophobie est reconnue peut se révéler être une bombe à retardement.
Cependant, la mise en place du nouveau gouvernement dévoilé mardi dernier et resserré autour de dix ministères – et une multitude de ministres délégués et secrétaires d’Etat – montre que toute l’attention est portée sur l’économie et la restructuration. Exactement là où les Grecs attendent des résultats et où devrait se jouer le bras de fer avec l’Europe.
La victoire de la gauche radicale change la donne. Ce n’est plus une simple affaire grecque. Elle a une dimension européenne indéniable. Pour les partis socialistes ou se réclamant de la social-démocratie, qui se sont acoquinés trop longtemps avec les politiques libérales, il s’agit de répondre à cette gauche qui n’est radicale que par le nom tant il est erroné de voir en elle la moindre expression révolutionnaire. La radicalité n’est en ce sens qu’une expression par rapport à des politiques centristes, voire de droite, menées par des partis socialistes de gouvernement. La capacité de Paris et de Rome notamment à tendre la main à Athènes témoignera ou non de cette volonté de changement.
L’enjeu est également énorme pour l’Union européenne. Le défilé des institutionnels et autres politiques européens pour expliquer aux Grecs combien il était important de «bien» voter est l’illustration que cette victoire n’est pas la bienvenue à Bruxelles et à Berlin. Ni les uns ni les autres n’ont d’ailleurs fermé la porte aux négociations sur le réaménagement de la dette grecque, mais l’on sait qu’elles seront difficiles tant l’Allemagne ne souhaite pas ouvrir la boîte de Pandore et remettre en cause une politique de rigueur qui pourtant mine la croissance. Et ce, sans parler du coût de la restructuration de la dette grecque pour les déficits budgétaires et les dettes des uns et des autres.
La partie s’annonce donc difficile, mais il ne faut pas perdre de vue, dans cette communauté des peuples et des intérêts qu’est l’Union, qu’il est impossible de ne pas écouter la voix hellène. L’Europe n’a que trop joué avec cela et le traité de Lisbonne est resté en travers de bien des gorges. Ecouter et encore mieux, entendre les Grecs, c’est aussi apporter une réponse aux menaces nationalistes, souverainistes et eurosceptiques qui se font jour ici ou là et ce, alors que cette année, le Royaume-Uni, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la Suède, la Pologne, l’Espagne et le Portugal s’apprêtent à voter.