Selon les derniers chiffres, 31 morts, près de 270 blessés

Le lien avec les attentats de Paris se confirme

C’était cousu de fil blanc. Les autorités politiques belges ne parvenaient pas à s’en cacher: un attentat islamiste allait tôt ou tard se produire à Bruxelles. La satisfaction belgo-française, vendredi 18 mars, suite à l’arrestation de l’ennemi public numéro un sera restée de très courte durée. Juste quatre jours de répit sans, pour autant, que les forces de l’ordre et les services de sécurité ne relâchent l’étreinte.
Rien n’y fit. Mardi, peu avant 8.00h, une double explosion dans le hall des départs de l’aéroport de Bruxelles (Brussels Airport, à Zaventem) provoquait la mort de 14 personnes, en blessait 106 autres, selon des premiers chiffres toujours provisoires.
Plus tard, une bombe explosait dans le deuxième wagon d’une rame de métro à la station Maelbeek, en direction de la station Arts-Loi. Bilan, tout aussi provisoire: 20 morts et 130 blessés. Comme à l’aéroport, beaucoup sont dans un état grave au plan physique et psychologique. Partout, des scènes de panique. Les dégâts matériels sont considérables comme en attestent la rame éventrée dans le tunnel du métro et le champ de ruines de l’aérogare.
Bruxelles ressemble alors au Paris de Charlie et du 13 novembre. Et la tour Eiffel se drape des couleurs belges.
Très vite, les investigations permettent aux autorités d’affirmer que, à Zaventem, deux kamikazes se sont fait sauter, soucieux de faire le plus de victimes possible. Un troisième terroriste présumé a fui, activement recherché bien sûr. Selon une caméra de surveillance, il était vêtu d’un chapeau et d’une veste claire. Les deux complices suicidés portaient l’un et l’autre un gant à la main gauche. Pour dissimuler un détonateur destiné à actionner leurs explosifs?
Tous trois poussent un chariot transportant une valise et se mêlent à une foule insouciante. Selon des témoins, le fuyard a tiré des coups de feu avant les explosions.

Revendiqué

En début d’après-midi, mardi toujours, les enquêteurs découvrent une autre bombe et une ceinture d’explosifs. Ils ignorent le nombre de terroristes qui ont embarqué dans le métro.
L’Etat islamique revendique les attentats. Son communiqué ne fait pas la moindre allusion à Salah Abdeslam et à son arrestation du 18 mars. Ce terroriste, susceptible d’être extradé dans les semaines qui viennent vers la France, ne serait dès lors qu’un sous-fifre, un exécutant de basses besognes bien plus qu’une tête pensante du mouvement. Les attentats de Bruxelles ne seraient pas liés à sa récente et spectaculaire arrestation, même si ses complices et la mouvance craignent qu’il ne collabore avec les justices belge et française. En revanche, Daech parle de représailles à l’encontre de la Belgique, qui participe aux opérations militaires en Syrie et en Irak. De quoi prévenir et mettre davantage en alerte tous les Etats qui prennent part aux frappes contre les djiadhadistes. Les questions se multiplient sur les auteurs des attentats? Un lien avec Abdeslam? Un nouveau groupuscule indépendant? Des connexions avec les attentats de Paris? Dès mardi soir, les forces de l’ordre perquisitionnent une maison à Schaerbeek, commune bruxelloise, où elles découvrent notamment 15 kg d’explosifs et un drapeau de l’Etat islamique.
Un témoin joue un rôle capital dans les investigations. Il s’agit du chauffeur de taxi qui a conduit le trio à l’aéroport national. Il a reconnu sur la photo d’appel à témoins ses passagers irascibles et au comportement suspect. C’est ainsi que les forces de l’ordre ont perquisitionné l’immeuble d’où ils avaient fait appel au taximan.

Le troisième homme

Les empreintes relevées ont permis d’identifier deux terroristes: Ibrahim El Bakraoui, un Belge de 29 ans, bombe humaine de Zaventem, et son frère Khalid, 26 ans, le kamikaze de la station Maelbeeck.
Les policiers ont exhumé d’une poubelle, dans la rue de la planque, l’ordinateur portable d’Ibrahim. Celui-ci, selon le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw, «y explique agir dans la précipitation, ne plus savoir quoi faire, être recherché de partout, risquant de terminer sa vie en prison s’il ne fait rien.» Le testament ne fait pas allusion à Salah Abdeslam.
Ibrahim El Bakraoui mentionne un «frère» emprisonné. On peut imaginer, sans la moindre incertitude, qu’il évoque un troisième El Bakraoui, actuellement détenu.
Dans la planque, outre les explosifs et la bannière noire, les enquêteurs ont aussi mis la main sur du TATP, un explosif puissant et très instable, semblable à celui utilisé lors des attentats suicides de Paris.
Les deux frères étaient déjà connus, mais pour des faits de grand banditisme. Ils avaient loué l’appartement à Forest, où a eu lieu une fusillade mortelle le 18 mars. Ils avaient fait de même pour une maison, à Charleroi, où se sont préparés les attentats de Paris.
Mercredi soir, le troisième homme, en fuite, n’était pas encore identifié. Mais il ne s’agit pas, comme le voulait une rumeur persistante, de Najim Laachraoui (alias Soufian Kayal), condamné à quinze ans de prison en février dernier, activiste dans les filières de candidats au djihad. L’inconnu, en quelque sorte, a fui au bon moment: dans son sac abandonné, les démineurs ont trouvé un volume très important d’explosifs.
Depuis, la Belgique est au niveau d’alerte maximum (4). Car de nombreux sympathisants, pas nécessairement identifiés, circulent dans la nature.

Michel Petit


La fin de l’insouciance

L’impatience de la Commission européenne

L’exécutif européen estime que les Etats ne peuvent pas continuer à apprendre à leurs dépens en matière de lutte contre le terrorisme.

Au lendemain des attentats terroristes qui ont frappé à quelques centaines de mètres de son siège à Bruxelles, la Commission a estimé, mercredi 23 mars, que la situation serait différente si les Etats membres adoptaient et mettaient en œuvre les propositions en matière de lutte contre le terrorisme. Le président a par ailleurs souhaité une «union de la sécurité». Il y a «une forme d’insouciance qui varie suivant les époques. Si des évènements graves se produisent, nous faisons comme si nous devions prendre conscience du problème, alors que nous aurions dû prendre conscience du problème avant que les évènements tragiques ne se produisent», a déclaré Jean-Claude Juncker, lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre français Manuel Valls. La Commission a fait des «propositions fortes», si tous les gouvernements les avaient suivies, «la situation ne serait pas celle que nous constatons aujourd’hui», a-t-il ajouté.
Plus tôt dans la journée, le commissaire en charge des Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos – qui réunit d’urgence ce jeudi à 16.00h un Conseil des ministres des Affaires intérieures – avait dressé le même constat. «Nous ne pouvons pas continuer à apprendre à nos dépens», a-t-il expliqué, rappelant que les terroristes qui étaient connus des services de police avaient tout de même réussi à traverser trois pays.

L’Europe que l’on mérite

Dans les dossiers en cours de négociation, Jean-Claude Juncker a notamment évoqué la proposition de directive sur les armes, pour laquelle il espère que les Etats ne cèderont pas «aux pressions multiples» des groupes d’intérêt. Il a également cité le PNR européen (les données des dossiers passagers aériens), sur lequel on attend un vote du Parlement européen en avril.
Manuel Valls a insisté sur ce dernier point. Le PNR est «protecteur des libertés et utile pour appréhender les individus dangereux», a-t-il rappelé. «Le Parlement doit montrer pleinement son engagement dans la lutte contre le terrorisme», a estimé le Premier ministre, ajoutant qu’en 2012 déjà il avait «dû demander au PE d’avancer» sur ce dossier. Il a ainsi lancé «un appel à la responsabilité» aux députés européens. «Si l’Europe ne se prend pas en main, elle court le risque de la dislocation. On a l’Europe que l’on mérite, donc donnons-nous les moyens de nos ambitions», a encore dit Manuel Valls.
Mais, pour Manuel Valls, cette fin de l’insouciance ne doit pas uniquement gagner les décideurs politiques. Il a évoqué un «devoir de vie». «Vivre oui, mais en intégrant cette menace terroriste.»

Elodie Lamer

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En premiere ligne

Un jeune étudiant en médecine luxembourgeois, Daniel Patricio, était de garde au service de traumatologie de l’hôpital d’Etterbeek lors des attentats de Bruxelles. Rapidement, il est dépêché avec les équipes de secours à la station de métro de Maelbeek.
Faisant partie d’une des premières équipes de secours arrivées à la station de métro de Maelbeek à Bruxelles, le jeune Luxembourgeois a vécu une journée épuisante. En se rendant comme tous les matins aux urgences de l’hôpital d’Etterbeek, où le jeune médecin en formation effectue actuellement son stage universitaire, Daniel n’était pas encore au courant des attentats perpétrés à l’aéroport de Zaventem. «J’avais eu peu de sommeil ces derniers jours, je n’avais pas le temps de regarder les infos, ce sont mes collègues à l’hôpital qui m’ont très vite expliqué que le plan catastrophe avait été déclenché.»
A 9.20h, peu après l’explosion à la station de métro Maelbeek, l’alarme du service d’urgence s’est déclenchée. «C’est mon maître de stage qui m’a demandé rapidement d’accompagner et de soutenir l’équipe d’intervention qui était prête à gagner les lieux du drame.» «Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, tout le staff médical autour de moi gardait néanmoins son calme», évoque-t-il.
Arrivé sur les lieux du drame, l’ampleur de la catastrophe a d’abord effrayé le jeune étudiant. «J’assistais, terrifié, à une véritable scène de guerre: une station dévastée, des corps humains allongés partout, des membres arrachés ainsi que des pompiers en train d’évacuer les premières victimes.» Très vite, il comprend que les circonstances ne laissent guère de place aux émotions.«Le coordinateur principal a rapidement distribué les tâches et nous nous sommes mis au travail», reprend-t-il.
«Le premier devoir dans une telle situation est le tri des victimes. Quatre niveaux sont à considérer, allant des blessés légers aux graves et, malheureusement, aux morts.» Après une heure de tri tout près de la rame, c’est l’équipe d’un autre hôpital qui prend la relève.
Médecine de guerre
Une fois sa tâche initiale accomplie, l’équipe de secours dans laquelle se trouve le Luxembourgeois est chargée de porter assistance aux victimes. «Dans une telle situation, l’action primordiale est de stabiliser des victimes», explique Daniel. «Vu l’insécurité des lieux, nous avons essayé de les soigner de manière rapide afin de pouvoir garantir leur évacuation immédiate.»
Après trois heures de travail dans des conditions difficiles, notamment dans les escaliers de la station, l’équipe regagne l’hôpital. «Comme tous nos médicaments et notre matériel étaient épuisés, il fallait quitter la station. En tout, notre équipe a utilisé environ 70 litres de paracétamol et de nombreuses intubations ont dû être effectuées.»
Daniel assure que le plan d’action et la coordination des secours ont été efficacement mis en œuvre. «Comme le plan Mash (ndlr: mise en alerte des hôpitaux) a été déclenché, tous les anesthésistes et chirurgiens étaient déjà sur place, l’organisation s’est déroulée dans le calme et en toute sérénité», affirme-t-il.
A 16.30h, Daniel Patricio a enfin pu rentrer à la maison. «Une journée d’enfer», décrit-il. «C’est une grande expérience d’avoir vécu une telle situation», hésite le futur médecin en soulignant la gravité des faits. «Je viens de vivre une situation exceptionnelle, qui m’aidera certainement durant mon parcours professionnel. La médecine que nous avons pratiquée est une médecine de guerre basée sur l’efficacité et la rapidité. D’ailleurs, je me demande si le Luxembourg serait prêt à affronter un événement similaire.»

Alexeji Nickels


«Vaincre le trafic d’armes»

La priorité, selon l’ambassadeur de Belgique: ne pas vivre retranché dans une caserne.

Thomas Antoine, ambassadeur de Belgique, parle des terroristes comme de «barbares à nos portes qu’il ne faut pas laisser entrer dans nos cœurs». La grande fracture au sein de la société empêche le vivre ensemble.
Mais pas question, en dépit du danger, d’empêcher tout mouvement: «Nous ne voulons pas vivre dans une caserne. Nous ne sommes pas des Etats fachos. Il y a, de la part des terroristes, un terrible malentendu sur notre société. Ils nous veulent du mal. Ce sont des lâches. Sans excuser, nous devons tenter de comprendre.»

Dans l’air du temps

Il dit judicieux d’assurer un «contrôle plus affiné, renforcé. Mais pas de fermer les frontières».
De toute façon, «il n’y aura jamais une sécurité à 100%».
Thomas Antoine pense que le Luxembourg n’est pas à proprement parler une cible potentielle «de ces gens-là». Le diplomate ne croit pas que les attentats de Bruxelles étaient réellement prévus. En revanche, «ils sont dans l’air du temps».
«Pour l’Europe, il est grand temps, sanctionne-t-il, de s’attaquer au trafic d’armes. L’existence d’un atelier, à Rumelange, où étaient remilitarisées d’anciennes armes de combat, n’exempte pas le Luxembourg de tout reproche.»
«Il va falloir mieux contrer les terroristes, désamorcer leurs projets. Ce n’est pas facile. Les deux pays échangent de plus en plus les informations.»
«La Belgique, dit-il par ailleurs, est très sensible aux énormes marques de solidarité du Luxembourg.»
L’ambassade a ouvert un registre de condoléances.

Michel Petit


 

«Pas de lien direct»
«Nous n’avons aucune information sur un lien avec le Luxembourg. Nous n’avons pas d’indication sur un danger concret. Le Luxembourg, comme tout autre pays, n’est pas à l’abri d’une attaque, mais il n’y a pas de raisons aujourd’hui d’être plus inquiets qu’hier», a assuré Xavier Bettel le jour-même des attentats.
Aussi le niveau d’alerte reste-t-il bloqué à 2, ce qui correspond à une «menace réelle mais abstraite». Toutefois, le gouvernement a ordonné une présence policière accrue autour de la gare centrale et de l’aéroport du Findel, et «autour des institutions et des points sensibles». De même, des contrôles sont effectués aux frontières avec la Belgique. La situation est évaluée en permanence par le Groupe de coordination en matière de lutte contre le terrorisme (GCT).
En signe de solidarité, les drapeaux ont été mis en berne pendant les trois jours de deuil national en Belgique.

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