Engagement payant / «Bleu pétrole», de Morizur et Montgermont (éd. Grand Angle)

Rachid Kerrou / Amoco Cadiz. Près de 40 ans après le naufrage du supertanker éponyme sur le rivage breton, ce nom reste invariablement associé à l’une des pires catastrophes écologiques qu’ait connues l’Hexagone.

C’est ce dramatique épisode que Gwénola Morizur, l’auteure du scénario, décide de donc nous remémorer alors que, de son propre aveu, elle n’était pas née au moment des faits. En s’inspirant de l’histoire des siens, elle nous conte l’épopée d’une famille de paysans bretons, très attachée à sa terre et surtout bien décidée à ne pas «se laisser faire» au moments où quelque 200.000 tonnes de mazout viennent littéralement défigurer son paysage, polluer durablement la flore et empoisonner une faune qui n’avait rien demandé à personne.

Le trait réaliste de Montgermont contribue à affirmer les caractères bien trempés, courageux et humanistes des membres de cette famille, qui mettent l’engagement personnel au-dessus de toutes les valeurs. C’est le cas de Paulo, le fils aîné, qui, jeune adulte, se rend en Afrique pour venir en aide aux populations autochtones, décimées par la maladie et la sécheresse.

Son engagement n’est, au départ, pas très bien perçu par sa sœur, Bleu, qui l’admire, mais ne s’explique pas que son frère privilégie la lointaine Afrique à son village qui, face à la catastrophe, a besoin de toutes les bonnes volontés.

Une incompréhension que ne partage pas leur maman, épouse et mère dévouée qui se met en quatre pour élever ses trois enfants et faire tourner une ferme que son mari tend à délaisser.

Ce dernier, fraîchement élu maire de sa localité, est décidé à ne pas laisser les pollueurs de l’Amoco s’en tirer à moindre frais. Devenu sénateur, ni le mépris du gouvernement, ni le prix conséquent d’une bonne défense n’entameront sa détermination, d’autant qu’il sait pouvoir compter sur la bienveillance unanime des siens. «Un gagnant est un rêveur qui n’abandonne jamais», rappelle-t-on quand la lassitude tente de s’installer.

Le procès va durer quatorze ans. La première victoire est acquise en avril 1984 lorsqu’un tribunal américain déclare le groupe Amoco responsable. En juillet 1990, le jugement définitif alloue 123 millions de francs français (18,8 millions d’euros) de dommages et intérêts au syndicat formé par les plaignants. Le verdict est clair: le principe du pollueur-payeur ne pourra plus être ignoré et la Bretagne, particulièrement exposée, aura hélas d’autres occasions de s’en prévaloir.