Les énergies sales se portent bien / contre-pied

Un rapport publié en mars dernier par BankTrack – organisation internationale de suivi, de campagne et de soutien, axée sur les banques et les activités qu’elles financent, qui vise à promouvoir des changements fondamentaux dans le secteur afin que les banques adoptent des pratiques commerciales justes et durables –, rapport approuvé par plus de cinquante organisations à travers le monde, révèle que, malgré la crise climatique, 2017 constitue une année de recul dans les investissements des banques privées.

En 2016, au lendemain de la signature de l’Accord de Paris, on observait une nette baisse des soutiens des grandes banques internationales aux énergies fossiles les plus polluantes.

Mais l’année achevée atteste d’un nouvel essor de ces financements, qui ont augmenté de 11%, atteignant 115 milliards de dollars en 2017.

Le principal moteur de l’augmentation provient du secteur des sables bitumineux – mélange de bitume brut, de sable, d’eau et d’argile; après extraction et transformation, on obtient le bitume, un mélange d’hydrocarbures qui constitue une source alternative de pétrole brut. Deux régions dans le monde possèdent la majorité des gisements: le Canada et le Venezuela.

La hausse massive du soutien bancaire pour les sables bitumineux, à près de 47 milliards de dollars, a conduit cette industrie à dépasser le charbon en tant que secteur d’énergie non conventionnel le plus lourdement financé.

Le rapport constate que, si certaines banques européennes ont pris conscience des risques et imposé des restrictions politiques à certains de leurs financements fossiles, les principaux acteurs venus d’ailleurs ont peu fait pour adopter des politiques qui aligneraient leurs activités sur l’Accord de Paris.

Nous voilà donc loin des beaux discours sur la finance durable.

La dure réalité des faits montre qu’il ne sert à rien de compter sur la bonne volonté des banques pour changer cet état de fait.

Ne comptons pas non plus sur la réforme du marché carbone – dit des «droits à polluer» – qui a largement échoué, en permettant de plus à des sociétés très polluantes – entre autres ArcelorMittal – de pouvoir gagner de l’argent en revendant leurs droits.

Il reste donc à faire pression sur les investisseurs (les banques mais aussi les fonds de pension, les sociétés d’assurances, etc.).

Non pas en comptant sur leur civisme, mais en leur rappelant, preuves à l’appui, qu’investir aujourd’hui dans des énergies polluantes, c’est prendre le risque de s’exposer à un scandale public, si l’exploitation de ces énergies devait mener à un désastre écologique.

La campagne autour du très controversé pipeline destiné à exporter le pétrole issu des sables bitumineux du Canada aux Etats-Unis a conduit BNP Paribas à annoncer la fin de ses financements directs à tout nouveau projet d’exploration, production, transport ou exportation lié aux sables bitumineux, gaz de schiste et en Arctique. C’est également le cas pour tout nouveau projet de gazoduc ou de terminal d’exportation de GNL issu majoritairement du gaz de schiste.

Un exemple à suivre, donc!

Plus d’informations (en anglais) sur

banktrack.org

Jean-Sébastien Zippert – Etika