Énergie vitale, symbolisme et poésie : les Nabis au musée du Luxembourg

Ardents, optimistes sur le progrès dans un siècle finissant, les Nabis ont imprimé entre 1888 et 1900 leur inspiration allègre dans la décoration d’intérieurs bourgeois, comme l’illustre une belle exposition au Musée du Luxembourg.

Jeunes, cherchant à innover par rapport à l’impressionnisme jugé trop proche du réel, Edouard Vuillard, Maurice Denis, Pierre Bonnard (les trois principaux peintres montrés dans l’exposition, à partir de mercredi et jusqu’au 30 juin), Paul Sérusier, Paul-Elie Ranson et d’autres se font appeler les « Nabis » (« prophètes » en arabe et en hébreu).

L’exposition « Les Nabis et le décor » présente leur inspiration très libre, vivante, poétique, qui est plus intimiste et n’est pas aussi accrocheuse que l’Art nouveau « plus stéréotypé, plus érotisé », explique la commissaire de l’exposition Isabelle Cahn. Les Nabis entendaient abolir la hiérarchie entre peinture et beaux-arts d’une part, arts décoratifs d’autre part.

Travaillant sur commandes de riches amateurs d’art et amis désireux d’égayer et moderniser leurs intérieurs, « ils ont cherché à créer des oeuvres en accord avec la société moderne. Ils refusaient les pastiches historiques, le +ressouvenir+, les intérieurs chargés lourds et sombres. Ils étaient remplis d’énergie vitale, créaient dans un contexte optimiste.

C’était l’époque du positivisme et de l’exposition universelle » de 1878, analyse Isabelle Cahn. Le japonisme, alors objet d’une exposition remarquée à Paris, les a influencés : ils reprennent ses images planes en deux dimensions, sans profondeur. La touche est douce, toute en ondulations, les formes simplifiées.

La femme est au coeur de l’inspiration, l’homme très peu. Provenant de divers musées, y compris du Japon et des Etats-Unis, des ensembles de panneaux réalisés à la détrempe, technique picturale fragile, et qui ont été partiellement rassemblés pour l’exposition, sont remarquables. Tels les Intérieurs de Vuillard, avec ses personnages s’adonnant à des activités domestiques – tapisserie, écriture, rangement – sur fond de fleurs et de papiers à fleurs : « les figures semblent absorbées dans le décor, rien n’est dessiné, rien n’est enfermé, mais l’atmosphère est angoissante », note la commissaire.

Il y a aussi cette série du même Vuillard montrant un jardin public dominé par un grand ciel, où les femmes se retrouvent le soir avec leurs enfants, et celle de Maurice Denis dépeignant quatre mois de l’année, pétris de symbolisme et de poésie sur le thème des fiançailles. Et les charmants panneaux dans des verts tendres de Bonnard, représentant la cueillette des pommes dans un verger à la campagne : images du bonheur dans l’instant.

L’exposition montre aussi que les supports des Nabis étaient variés, du paravent à la tapisserie, au papier peint et au vitrail. La dernière partie de l’exposition illustre les contributions de ces artistes à la galerie de l’Art Nouveau de Siegfried Binz, et l’évolution de certains d’entre eux comme Maurice Denis vers l’ésotérisme et le spirituel.