En Russie, les païens célèbrent le solstice d’été et les dieux slaves

Une couronne de fleurs sur la tête, une jeune fille chante seule devant le soleil qui se couche. A côté, des femmes la regardent en silence avant de joindre ses voix à la sienne. « Nous te remercions, soleil », psalmodient-elles.

A Gloubokovo, minuscule village situé à 80 km à l’est de Moscou, plusieurs centaines de Russes se sont réunis samedi dans un champ désert afin de fêter, avec quelques jours de retard, le solstice de l’été: la « Koupala ».

Au milieu des fleurs sauvages, des hommes s’activent pour construire d’immenses bûchers, tandis que de l’autre côté du champ, les femmes chantent en formant une ronde. Parmi elles, Lada Korneïeva, une « prêtresse », observe d’un air expert les danses. « Nous qui connaissons les rituels par coeur, nous les apprenons maintenant aux plus jeunes », explique cette femme de 33 ans à l’AFP. « Nos grand-mères et arrières-grand-mères célébraient déjà la Koupala. »

Ce rituel païen, l’un des plus anciens au monde, célèbre la nuit la plus courte de l’année. Désapprouvée par l’Eglise orthodoxe et interdite pendant l’époque communiste, la pratique connaît un nouveau souffle depuis les années 2000 alors qu’elle était sur le point d’être oubliée, raconte Lada. « C’est une question d’identité », estime-t-elle. « A l’époque communiste, c’était simple: les autorités te disaient que tu étais Soviétique. Puis on a commencé à dire: toi tu es Russe, toi non. Mais cela veut dire quoi, être Russe? Certains ont trouvé la réponse ici » en revenant à leurs racines, assure la jeune femme. Alors que le soleil vient de se coucher, le grand-prêtre, surnommé « Volkhève », réunit au son du tambour ses fidèles, qui forment un cercle autour de lui. « Mes amis, regardez ce qui vous entoure: notre père le ciel, notre mère la terre!

Aujourd’hui, rappelons-nous que nous faisons partie de la nature », lance-t-il. En chantant, l’assemblée se dirige vers un terre-plein, où quatre totems en bois ont été sculptés. Ce sont les principaux dieux du culte païen russe: Lada, la déesse de l’amour, Péroun dieu de la guerre et du tonnerre, Iarilo dieu de la fertilité et Veles, dieu de l’eau et des forêts. Aux cris de « Slava » (gloire), le Volkhève accomplit une série de bénédictions et lance de l’eau, de l’avoine et de la terre sur les fidèles. Il met le feu à de petites pyramides en bois et brandit de petites statuettes vers les quatre points cardinaux. « Ce qui a été, sera à nouveau! », hurle-t-il, suscitant les acclamations de la foule. « Quand je suis à Moscou, je suis une personne très rationnelle », raconte Alexandre Maïarov. « Mais ici, j’oublie la logique. J’écoute la sagesse de mes ancêtres. » La cérémonie dure plusieurs heures et culmine à minuit avec l’embrasement du bûcher autour duquel se mettent à danser les païens.

Elena Volkova laisse sa fille de six ans courir près des flammes. « Je veux qu’elle devienne une véritable Russe, qu’elle sache ce qu’est réellement l’âme russe », raconte la jeune femme. Baptisée orthodoxe, elle délaisse les églises au profit de ces fêtes en plein air. « J’ai l’impression que nos croyances populaires sont plus pures que la religion », confie-t-elle. Même discours chez Marina, une quinquagénaire venue en famille assister à la Koupala. « Ces croyances sont notre véritable religion. C’est ce en quoi nous croyions avant d’être convertis à l’orthodoxie (au Xe siècle), qui n’est pas une religion née en Russie », déclare-t-elle. Maxime, 21 ans, explique avoir choisi de devenir adepte du culte de Péroun, parce que ces « valeurs sont universelles: respecter nos traditions, aimer la nature ». « Nous ne faisons de mal à personne: nous voulons juste que les Russes retrouvent l’amour de la nature », assure-t-il.

afp