Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures: En etre ou pas…

Le coût de la participation reste encore inconnu

Marc Fassone – mfassone@le-jeudi.lu

Le Luxembourg est officiellement membre fondateur de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures.

Et maintenant?

La Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, c’est quelque part le pendant à l’est de la Banque européenne de développement, mais aussi de la Banque asiatique de développement.

C’est aussi la réponse de Pékin à l’architecture financière internationale actuelle, issue des accords de Bretton Woods, dominée par les Etats-Unis et incarnée par le FMI et la Banque mondiale.

Pas étonnant que les Américains aient manifesté des inquiétudes concernant «la nature ambiguë du projet» et aient mis leur veto sur la participation de leurs alliés proches, à savoir l’Australie, l’Indonésie, la Corée du Sud et le Japon.

Et les Anglais? Malgré la «relation spéciale» qui les lie aux Etats-Unis, ils ont décidé, le 12 mars dernier, de passer outre au nom des intérêts de la City.

Pas question pour ces derniers de se laisser distancer par les autres pays européens qui ont fait acte de candidature et qui sont entrés au capital de ladite banque, à savoir l’Autriche, le Danemark, la Finlande, la France, l’Islande, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Suède, la Suisse… Et le Luxembourg, premier pays européen a avoir été officiellement intégré dans le capital, le 27 mars dernier. La diplomatie du yuan s’est donc montrée plus forte que les pressions de Washington.

Participation symbolique

Pour le Grand-Duché, la participation au capital de la BAII s’inscrit dans la double stratégie d’attirer les banques chinoises sur la Place afin qu’elles y installent leur siège social européen et de faire de la Place une des plaques tournantes du marché du renminbi sur le Vieux Continent.

Le pays agit comme «facilitateur des investissements entre l’Europe et l’Asie» et «créateur de ponts et de liens entre les deux continents», selon deux des expressions favorites du ministre des Finances, Pierre Gramegna. Rien à dire sur le principe, ni même sur les équilibres géopolitiques: le Luxembourg, de par sa taille, s’est fait la spécialité de n’être en conflit avec personne. Un réel avantage.

Mais sur les modalités pratiques, on reste encore dans l’inconnu.

La banque, dont le rôle sera le financement de projets d’infrastructures de communication dans le sud-est asiatique, sera dotée d’un capital de 50 milliards de dollars, dont la moitié sera souscrit par la Chine, l’Inde étant le deuxième actionnaire.

Laurent Mosar, député CSV, s’est inquiété du coût pour les finances publiques et des modalités de financement. Et a posé la question au ministre des Finances. Ce dernier lui a répondu qu’en l’état, «les contributions à prévoir par les différents pays membres fondateurs n’ont pas encore été arrêtées et feront l’objet de discussions dans les mois à venir». On devrait en savoir plus en juin, date avancée pour la finalisation des statuts de la banque. Les participations financières ainsi que l’allocation des droits de vote devraient être fonction des PIB respectifs des pays membres. Pour mémoire, le PIB chinois est 336 fois supérieur à celui du Luxembourg.

Autre inconnue: les instruments de financement de la banque n’ont pas été définis. Mais l’exemple de la BEI pourrait bien être mis en avant.