Effet médiatique / Séparation des pouvoirs

Olivier Tasch / En matière de séparation des pouvoirs, le philosophe français des Lumières Montesquieu fait autorité. Dans L’esprit des lois, publié en 1748, il expose notamment sa théorie de la séparation des pouvoirs. Son idée naît d’une vision plutôt pessimiste de l’exercice du pouvoir et de la nature humaine en général. Il écrit ainsi que «c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites.»

Cette limite, c’est notamment la séparation des pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif qui permet, dans une société, d’empêcher l’arbitraire et d’éviter les dérives despotiques. C’est donc à cette sacro-sainte séparation des pouvoirs, une des bases constitutives de la démocratie, que fait appel ces jours-ci l’opposition chrétienne-sociale (CSV) pour attaquer frontalement le ministre de la Mobilité, François Bausch. Que lui reproche-t-elle? Une lettre adressée à la procureure générale dans laquelle il fait part de son étonnement à propos de «la façon de procéder» d’un magistrat. Lequel avait demandé au directeur des Ponts et Chaussées d’indemniser des motards blessés dans des accidents, supposément à cause d’une déviation mal sécurisée. A défaut de cela, le magistrat menaçait d’émettre une citation en audience correctionnelle.

Pour le président du CSV Frank Engel, le ministre n’a pas à s’étonner de cela, et son courrier relève d’une attaque en règle contre l’indépendance de la Justice. Il suggère ainsi, de manière sibylline, une démission de François Bausch.

Pétard mouillé ou scandale d’Etat? Chacun y va de sa petite analyse… D’un côté, il y a ceux qui vont dans le sens du CSV et estiment que l’étonnement du ministre est en réalité une tentative de s’immiscer dans une procédure judiciaire. De l’autre, ceux qui estiment la ficelle un peu trop grosse… La procureure elle-même ne trouve rien à redire au courrier de Bausch et assure qu’une quelconque immixtion aurait été signalée immédiatement.

Quoi qu’il en soit, la sortie du CSV aura eu son petit effet. Sans doute pas celui escompté puisqu’il est avant tout médiatique. Il annonce ainsi l’avènement d’une opposition prête à dégainer à tout-va, qui ne redoute ni la grandiloquence ni les effets de manche.