Economie / Volatil…

C’est officiel: la presse casse les bourses.

Nulle trivialité dans ce propos, mais le simple rapport des conclusions d’une étude scientifique menée au sein de l’Université du Luxembourg par la Luxembourg School of Finance. Etude selon laquelle la libre circulation de l’information dans un pays peut provoquer davantage de volatilité sur les marchés financiers. En effet, un trop-plein d’informations conduirait à une hausse plus fréquente des prix des actions.

La volatilité est un mot honni dans les marchés. Les auteurs ont donc pris la précaution de préciser qu’il ne fallait pas voir dans leurs travaux un argument contre la liberté de la presse car la volatilité dont ils parlent est une bonne volatilité; de celles qui poussent les entreprises à prendre les risques nécessaires à la croissance économique.

Il en est donc de la volatilité comme du stress et du cholestérol, il en existe du bon et du mauvais. Cela valait le coup de faire une étude. Si besoin est, j’ai de bons sujets dans ma besace pour les chercheurs en chimie: est-ce que les entraves à la liberté de la presse sont bénéfiques à la dilatation des gaz, notamment le sarin, et ce, dans les climats chauds?

Cadeau.

Plus sérieusement, alors que l’on s’apprête à célébrer, ce 3 mai, la journée de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF) publie l’édition 2017 de son classement mondial sur le sujet.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’actuelle volatilité des démocraties nuit gravement à la qualité de l’information. La période est en effet marquée par la banalisation des attaques contre les médias – le média bashing – et le triomphe d’hommes forts qui font basculer le monde à l’ère de la post-vérité, de la propagande et de la répression, notamment dans les démocraties. On a bien vu ce que cela pouvait produire aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni. Plus globalement, RSF relève dans les démocraties jusque-là jugées vertueuses une obsession de la surveillance et un non-respect du secret des sources. Deux phénomènes plus qu’inquiétants.

Autre menace à la liberté de la presse, la tentation de certains financiers d’utiliser à des fins d’influence les médias qu’ils possèdent. Un phénomène d’actualité en France. Faire taire la presse en menaçant de lui couper les cordons de la bourse, tout un programme.

Finalement, ce n’est pas la presse qui casse les bourses, mais la bourse qui casse la presse.

A méditer…

Marc Fassone