Economie / Le râle de l’albatros

Thierry Nelissen /Depuis le rêve d’Icare, après les esquisses de De Vinci, grâce aux balbutiements des frères Wright, voler est devenu pour l’homme une réalité, quotidienne pour certains. Personne n’oublie son baptême de l’air. Qu’elle était belle, la Caravelle, magnifique oiseau qui cinglait vers le Sud. Qu’elle s’appelât Marie-Astrid avait peu d’importance pourvu qu’elle soit légère et aérienne, loin de son ancêtre la Santa Maria, à
Colomb mais point colombe. On oublie les noms, on retient les formes. Voler! S’arracher à la terre! Traverser les nuages! Qu’importe la carlingue, pourvu qu’on ait l’ivresse…

Mais parmi ces compagnes de transport, il y a les banales, et celles qu’on n’oublie pas. Qui toutes, pourtant, finissent par se démoder et s’en aller rouiller au cimetière, en Arizona ou ailleurs. Faut-il leur souhaiter une fin spectaculaire, comme le très supersonique Concorde, parti en fumée à Gonesse? Elle en avait du charme, la traversée de l’Atlantique, seul au bar d’un Boeing 747, pendant que les nantis de première classe digéraient devant un film. Mais le pont supérieur fut sacrifié pour placer des sièges supplémentaires. Monstre des airs, l’Airbus A380 devait supplanter le vieux Jumbo Jet. Prouesse de l’industrie européenne, ce gros porteur à deux ponts, évoquant plus l’albatros que l’hirondelle, n’est pas loin de la fin prématurée. Trop en avance, pas assez vendu. Airbus en ralentit la production. Avant, peut-être, l’euthanasie. Dommage.