Ecologie sociale / Le mouvement des gilets jaunes

Jacques Hillion / Le mouvement des gilets jaunes qui essaime à travers l’Hexagone ne cesse d’intriguer. Les syndicats sont déboussolés par cette colère sociale qui les exclut. Le gouvernement tente de ramener l’ordre sur les routes sans apporter de véritables réponses aux revendications des manifestants. Quant aux partis de l’opposition, de l’extrême droite à la gauche radicale, ils essayent tant bien que mal de récupérer un mouvement qui s’exprime à grand bruit mais sans leader avéré.

Jacquerie? Mouvement populaire ou populiste? Crise des territoires? Dernier sursaut du «tout automobile» qui a marqué de son sceau le XXe siècle? Expression du ras-le-bol de tous ceux qui se sentent exclus? Exaspération face à la multiplication des taxes et des impôts? Sentiment d’injustice face à la politique de Macron et de son gouvernement?

Il y a certainement un peu de tout cela dans les actions désordonnées des gilets jaunes. Si la confusion règne, s’il est si difficile de mettre des mots sur un mouvement qui ne répond pas aux normes de cette contestation que l’on considère, avec beaucoup de mansuétude, comme tellement française, il est toutefois une évidence: le principe du
pollueur-payeur est trop
simpliste.

La grogne qui s’exprime en ce moment-même sur les routes de France montre qu’il est nécessaire de concilier écologie et justice sociale pour mener à bien la transition écologique. Laquelle, malgré l’urgence de la situation, doit encore et toujours être expliquée afin de rendre possible l’adhésion aux changements radicaux qu’elle ne manquera pas d’imposer.

Plus que l’attachement à la voiture, c’est l’augmentation de la fiscalité sur les carburants qui a mis le feu aux poudres. Parce qu’elle a notamment donné l’impression d’accentuer les disparités économiques et fiscales.

A défaut, le risque est d’alimenter le mécontentement et de le laisser glisser vers le populisme. Il est d’autant plus grand que les syndicats sont absents pour canaliser cette colère. Dès lors, la jonction entre la question sociale et celle de la transition écologique apparaît plus que nécessaire.