Echantillon d’impressions / Coups de cœur

Comme tant d’autres dans le monde, j’ai suivi à la télévision le fameux concert du Nouvel An des Wiener Philharmoniker, un des meilleurs orchestres au monde.

Lors de telles retransmissions, on a l’occasion de découvrir de près la virtuosité du jeu des musiciens qui semblent s’acquitter de leur tâche avec une surprenante légèreté. Et pourtant, quelle prouesse de lire et de jouer toutes ces notes au rythme imposé par la baguette du chef d’orchestre qui accentue de ses gestes, tantôt puissants, tantôt discrets, les divers mouvements de l’œuvre!

Que celle-ci prenne ainsi vie et envahisse de sa musique les lieux où on l’interprète me fascine à chaque fois davantage.

A Vienne, c’était Riccardo Muti qui était au pupitre en faisant virevolter son opulente chevelure au rythme des mélodies traditionnellement entraînantes en ce début d’année. Tout le grand répertoire autrichien des valses, polkas et marches, en particulier de la dynastie Strauss, était au programme dans une salle aux reflets dorés archicomble et croulant sous un opulent décor floral où dominait le rose dans toutes ses nuances. Parmi le public, en stricte, voire festive, tenue de ville, l’Asie était comme d’habitude fort bien représentée.

Cela faisait, quant aux tenues, un beau contraste avec une appréciable partie du public venu assister le soir de la Saint-Sylvestre à la comédie musicale Evita au Théâtre de la Ville de Luxembourg, spectacle suivi d’un dîner festif au sein du Foyer. Comment peut-on se rendre à une telle soirée en pull-over, en t-shirt ou en bras de chemise? C’est vraiment ahurissant ce laisser-aller qui ne cesse de se généraliser un peu partout.

Et aux mariages et aux cérémonies funéraires, ce n’est pas beaucoup mieux. Je n’oublierai jamais cette dame très sûre d’elle, donnant des cours de bonne conduite, et qui est arrivée à un enterrement avec des souliers et un sac rouge vif! Il fallait le faire!

Et si au Grand Palais, à Paris, une foule de deux mille spectateurs n’avait pas non plus fait de grands efforts vestimentaires, ce qu’elle était venue admirer et applaudir sur scène était d’un tel entrain envoûtant qu’on ne pouvait que rester bouche bée devant les exceptionnels numéros de danse et de chant dans des décors et des costumes absolument grandioses.

Et comme la bien connue comédie musicale s’appelait Singing in the Rain, il fallait bien qu’il pleuve des cordes tandis que l’acteur principal, véritable incarnation de l’inoubliable Gene Kelly, pataugeait avec délice sous son parapluie dans les flaques d’eau qui inondaient la scène à ce moment-là.

Voilà des spectacles où on oublie pour quelques heures que le monde est en train de changer et que beaucoup de choses vont disparaître. D’autres existeront, mais ce ne sera plus pareil. Et pourtant, sachant bien qu’hier n’était en fin de compte pas mieux qu’aujourd’hui, j’éprouve beaucoup de nostalgie en jetant des regards en arrière.

Pierre Dillenburg