«Des échanges à double flux» /Rencontre avec Fabrice Poncé, le nouveau président de la Chambre française de commerce et d’industrie

Propos recueillis par Alain Ducat / Vous êtes tout fraîchement élu à la présidence de la Chambre française de commerce et d’industrie du Luxembourg (CFCI). Comment la définiriez-vous?

Fabrice Poncé: L’assemblée générale vient de me confier cette tâche, en effet, pour succéder à Martial de Calbiac, qui entrevoit la retraite et tire sa révérence après une quinzaine d’années de service…

La CFCI a d’abord un rôle de représentation. Un rôle important car elle représente un poids économique certain, au vu des dirigeants qu’elle rassemble. C’est un réseau par et pour les entrepreneurs. Lui-même dans le réseau international des chambres de commerce et d’industrie françaises.

Combien de membres compte-t-elle et avec quel impact et quelles missions?

Nous sommes, dixit le ministre Pierre Gramegna qui s’est exprimé lors de l’assemblée générale, une des chambres les plus actives au pays.

Nous comptons quelque 240 membres, sachant que les membres sont les entreprises, qui peuvent être représentées chacune par plusieurs personnes.

La base, c’est la mise en relation. Nous faisons office de portail, orchestré par la directrice, Alexandra Benel. Il y a un rôle d’accompagnement, de guide pour tout entrepreneur qui se renseigne pour s’implanter, se développer ou investir au Luxembourg. Cela fonctionne dans l’autre sens aussi, bien sûr, lorsqu’une entreprise installée ici s’intéresse à des marchés extérieurs. Nous pouvons orienter et conseiller, notamment par le biais des services du réseau international des CCI.

On est vraiment dans l’interconnexion. Et il y a clairement des échanges à double flux.

Vous êtes aussi dans l’animation de communautés économiques, voire dans l’influence?

L’animation oui, parce que la CFCI, qui a fêté ses 20 ans il n’y a pas longtemps, est dynamique et organise très régulièrement des événements, attendus, où la convivialité et l’échange font partie du menu. Il y a le Nouvel An chez l’ambassadeur de France, des petits déjeuners thématiques – autour du règlement sur la protection des données récemment –, des déjeuners plus formels de manière plus épisodique au cours desquels on invite des personnalités de l’entreprise, de la politique…

L’influence? Pas au sens de la persuasion du lobbyiste… En revanche, il est clair que nous misons sur la proximité et la disponibilité, de nos ministres notamment.

C’est quelque chose qui surprend l’entrepreneur qui débarque?

Pour le moins, oui. Luxembourg, ce n’est pas Paris. Ici, il y a un réel intérêt et une qualité d’écoute des besoins, notamment ceux des entreprises. Et une certaine facilité à mettre les choses en place pour le nouvel arrivant comme pour celui qui cherche à s’étendre hors des frontières.

Le Grand-Duché est, sans aucun doute, une plateforme de lancement idéale pour le développement d’un marché.

Mais il y a l’image que semble encore traîner le pays, notamment en France… Ne faut-il pas aussi passer outre un certain esprit de grandeur républicaine?

Tout à fait! L’entrepreneur qui arriverait ici en pensant poser un calque sur ce qu’il fait à Paris, Lyon ou Marseille ferait fausse route!

Notre rôle est donc aussi de faire comprendre que le Luxembourg n’est pas un département français ou une province belge – au passage, je note que nous avons aussi des membres qui viennent de Belgique. Ils ne sont pas très nombreux mais cela fait aussi de nous une chambre, outre française, francophone…

Donc oui, dans notre accompagnement, nous aimons rappeler qu’il y a un esprit, une approche, propre au Luxembourg. Cela doit se savoir et, surtout, cela doit être respecté. Parce que le Luxembourg est un modèle qui a fait ses preuves et qui est bien au-dessus des images tronquées que certains entretiennent, de paradis fiscal entre autres. Cela n’a pas lieu d’être!

Peut-on brosser le portrait-robot du membre de la CFCI?

C’est très délicat, parce que nous couvrons dans les faits une belle diversité de profils d’entreprises. Tous les secteurs y sont représentés, même si nous comptons très peu de banques. En revanche, nous touchons beaucoup de PME, de très petites unités, d’entrepreneurs individuels aussi. Dans les services beaucoup, mais aussi dans la construction et la promotion immobilière, l’industrie, l’artisanat.

C’est très varié. Et cela permet d’élargir sans cesse la palette des compétences et des expériences. Car on est dans un réseau où la concurrence n’est pas un souci. Nous sommes plus dans l’échange de bonnes pratiques, la facilitation, la création de liens, de relations commerciales. Tout le monde se connaît. Et nous n’hésitons jamais, dans notre rôle de porte d’entrée par exemple, à orienter vers les guichets créés pour les entreprises au Luxembourg, ainsi que vers les associations professionnelles ou consulaires, les différentes «House of…» dédiées aux start-up, fintech et autres. C’est un réseau de valeurs et qui crée de la valeur.

Et vous en êtes les premiers témoins et les premiers acteurs…

Nous pouvons témoigner, oui. Cela fait aussi partie du rôle présidentiel. Je suis un chef d’entreprise – le directeur général d’Adecco Group Luxembourg. J’ai la chance d’être au pays depuis janvier 2001 et d’être membre de la CFCI depuis 2003. Cela compte. Et cela se partage, dans l’intérêt général.

Justement, comment abordez-vous cette nouvelle mission présidentielle? Et avec quels grands objectifs?

Rien de révolutionnaire. La voie est toute tracée. Nous voudrions d’abord continuer à voir s’agrandir notre réseau. Les membres sont libres d’aller et venir, la cotisation est annuelle. Mais il y a chaque année plus d’entrants que de sortants! Et nous voyons que beaucoup frappent à la porte, avec un intérêt grandissant pour le pays et le potentiel qu’il offre. Objectif corollaire de l’augmentation de taille, la hausse du poids que nous pouvons représenter dans l’économie locale… et dans le réseau international.

Et puis, avec la digitalisation galopante, nous souhaitons une Chambre plus interactive, pour aller plus loin dans l’accompagnement et aussi dans l’interconnexion des réseaux.