Duel au soleil / «The Wall» de Doug Liman

MischBervard /Un anti-«American Sniper» en forme de huis-clos à ciel ouvert, minimal et efficace.

Doug Liman est connu avant tout pour avoir agréablement rafraîchi le genre du film d’espionnage en 2002 en réalisant et produisant le premier volet de la saga Bourne. Habitué depuis aux grosses productions hollywoodiennes (Mr. & Mrs. Smith avec les Brangelina en 2005 ou Edge of Tomorrow en 2014 avec Tom Cruise), il revient cette fois sur nos écrans avec un film à tout petit budget (trois millions de dollars), produit par Amazon et sans grande star.

The Wall nous emmène en Irak en 2007, au moment où la guerre est officiellement terminée (et officiellement gagnée par George W. Bush). Une équipe qui réparait un oléoduc en plein désert, ainsi que les agents de sécurité américains censés les protéger, meurent cependant sous les tirs d’un sniper isolé. Deux soldats sont envoyés sur place pour sécuriser l’endroit.

A partir de là, il devient très difficile de parler de The Wall sans révéler certains détails de l’intrigue, et nous suggérons aux lecteurs qui ne désirent pas être «spoilés» de revenir à cette lecture après avoir vu le film.

Cela va sans dire que l’endroit de l’attaque n’est pas sûr du tout, et que Matthews et Isaac vont être surpris et blessés par le tireur embusqué. Matthews (le catcheur John Cena) est grièvement touché, et donc hors service pendant la plus grande partie du film, alors qu’Allen Isaac (Aaron Taylor-Johnson), blessé au genou, peut se réfugier derrière le mur en ruines qui donne son titre au film et où il sera assez rapidement en contact radio avec le sniper mystérieux dont il ne connaîtra la position exacte qu’à la toute fin du film.

Le fait qu’un réalisateur-producteur de blockbusters tourne un tel «petit» film, avec un seul décor et quasiment un seul acteur, rend certainement curieux et donne envie d’aller le voir. Et c’est vrai que cela n’a jamais nui à un film d’auteur que son réalisateur connaisse son métier et sache raconter une histoire solide de façon efficace. Et cet espoir se confirme dès les premières minutes du film.

L’après-guerre en Irak n’a ici rien de spectaculaire, et c’est l’histoire d’un simple soldat dans une situation tout aussi simple, bien qu’extrême, que Doug Liman a choisi de nous raconter. La structure d’ensemble de son scénario tient le coup de la première à la dernière (surprenante) seconde, mais malheureusement, dès les premiers échanges radio entre Isaac et son antagoniste irakien, cela devient clair qu’on n’est cependant pas dans un film d’auteur particulièrement innovant ou original.

L’opposition à première vue intéressante entre les deux protagonistes, qui oblige l’Américain à jeter par-dessus bord quelques clichés sur les terroristes moyen-orientaux et à réfléchir sur la raison première de sa présence en cet endroit, est rapidement desservie par des dialogues un peu simplistes et autres références invraisemblables à Shakespeare ou citations d’Edgar Allen Poe (avec gros corbeau symbolique et charognard in situ en prime). On apprendra aussi que le fameux mur, avant d’être détruit par la guerre ou par l’exploitation pétrolière, faisait partie d’un complexe scolaire! Mais si, à partir de l’idée de base de The Wall, on pouvait s’attendre à des réflexions plus poussées et nuancées sur la présence de l’armée américaine en Irak, les expériences traumatisantes des soldats, le terrorisme et l’absurdité de la guerre, on conclura simplement que le film de Liman n’avait sans doute pas ces prétentions intellectuelles.

Plus gênants – de la part d’un narrateur aussi chevronné – sont les rares changements inutiles et déconcertants de perspective, où pour quelques secondes le spectateur occupe le point de vue du sniper, alors que pour le reste du film il ne s’éloigne jamais du soldat Issac.

Malgré ces défauts mineurs, il faut reconnaître qu’en tant que thriller psychologique de guerre, le film fonctionne parfaitement. Et cela sans aucune des fautes de goût que beaucoup de réalisateurs hollywoodiens n’auraient guère su
éviter.