Syrie: l’Union européenne rouvre le robinet, sous contrôle de l’opposition. A Luxembourg, l’Europe s’ouvre aussi à la Serbie et au Kosovo.
«La population d’abord», c’est sans doute le principe qui a guidé l’Union européenne à assouplir ses sanctions envers la Syrie lors d’un conseil Affaires générales tenu à Luxembourg. Cette attitude camoufle aussi une impuissance des 27, incapables de s’entendre sur un front commun à adopter tant à l’égard de Bachar al Assad que des forces d’opposition. Plusieurs pays sont tentés, chacun de leur côté, d’aider l’un ou l’autre groupe rebelle en leur fournissant des armes. «Le problème syrien ne se règlera pas par les armes», jure pourtant le ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn. Il garde un œil sur le Conseil de sécurité de l’ONU, et sur la Russie qui accepterait de négocier une transition au pouvoir actuel. Alors que les violences s’amplifient, l’UE assouplit son embargo sur le pétrole «de manière à aider la population et à soutenir l’opposition».
Les Etats membres peuvent désormais autoriser trois types de transactions: les importations de produits pétroliers, l’exportation de technologies essentielles destinées aux secteurs du pétrole et du gaz, ainsi que les investissements dans l’industrie pétrolière syrienne. Il s’agit d’aider à la reconstruction économique des zones contrôlées par l’opposition dans lesquelles se trouvent une partie des champs pétrolifères. Avant d’approuver une transaction, il faudra consulter la Coalition nationale des forces de la révolution et de l’opposition syrienne. L’embargo de l’UE sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie a été imposé en septembre 2011.
«Il faut préparer un paquet de sanctions plus adaptées dont on discutera en mai», précise Jean Asselborn.«Ce qui nous importe aujourd’hui, c’est le sort des populations. Le flux de réfugiés sortant de Syrie est aujourd’hui de 5.000 par jour, dont la moitié d’enfants. On pourrait atteindre le chiffre de 3 millions de personnes déplacées en 2014! La Jordanie et le Liban subissent une pression intense. L’Union européenne est le premier contributeur en aide humanitaire. Elle peut aider ces pays à tenir face à cet afflux, pour qu’ils ne ferment pas leurs frontières. Mais il faut que tous les pays qui se sont engagés à verser une aide humanitaire tiennent leurs engagements. Ce n’est pas en offrant des armes aux rebelles qu’on les aidera. Il faut une solution politique au conflit.»
La clé des Balkans
«N’oublions pas que l’Europe, ce n’est pas seulement l’euro, mais surtout un projet de paix commun», souligne Jean Asselborn. La porte ouverte simultanément par l’Union à la Serbie et au Kosovo s’inscrit dans cet esprit de pacification du continent. «La Serbie a rempli le critère prioritaire consistant à prendre des mesures en vue d’une amélioration visible et durable de ses relations avec le Kosovo», a indiqué la Commission dans un rapport soumis aux ministres chargés des Affaires européennes. En conséquence, les négociations d’adhésion peuvent s’ouvrir, conformément au vœu de Belgrade. Des négociations sur un accord d’association avec le Kosovo débuteront également.
Ce geste salue la normalisation des relations entre les deux Etats intervenue la semaine dernière sous pression de l’Union européenne. «C’est un premier pas très avantageux pour les peuples serbe et kosovar», note Jean Asselborn, qui se rend compte que tout n’est pas résolu, comme l’ont encore montré les manifestations des opposants à l’accord. Il estime en tout cas que l’axe Belgrade-Pristina est la clé de voûte de la stabilisation des Balkans et que, si le conflit est réglé, il y a moyen de s’attaquer aux étapes suivantes, Macédoine et Bosnie par exemple. «La Serbie et le Kosovo se rendent bien compte que leur avenir passe par l’Union européenne.»
Une Europe dans la crainte économique, dans le doute démocratique aussi. «L’UE peut-elle nourrir en son sein une dictature?», s’interroge Jean Asselborn. Ni la Hongrie, ni un autre pays, n’a été cité, mais les ministres ont parlé «valeurs» et «Etat de droit», à l’instigation de quatre pays membres: Danemark, Finlande, Allemagne et Pays-Bas. Ils ont lancé un débat sur les moyens juridiques aptes à empêcher qu’un membre ne respecte pas les droits fondamentaux, comme la liberté d’expression, et que s’instaure une Europe à deux vitesses démocratiques. Peut-être faudra-t-il revoir les traités pour mettre en place des garde-fous. Encore faudra-t-il l’accord de tous… La commissaire Viviane Reding approfondira encore ce dossier à la prochaine réunion du mois de mai.
Thierry Nelissen



