Du balai

Marie-Anne Lorgé / Il ne fait plus nuit à 16.00h.

La lumière s’émiette désormais en poussières sur nos jours.

S’il n’avait été le poète oulipien que l’on connaît, Raymond Queneau serait devenu balayeur. Un balayeur de rue. Il en rêvait. Comme du «balai pour toute la poussière». Un balai qui ressemble au temps, lequel passe son temps… à balayer. «J’ai chassé le malheur avec une pelle, puis un balai…», écrivait Queneau. C’est dire l’importance de l’objet. Lequel, en cas de verglas, fait prosaïquement, et salutairement, résonner l’adage suggérant de «balayer devant sa porte»… C’est là, sur le seuil, ou le carreau, que les choses dérapent. Entre ceux qui se réjouissent du blanc ou du scintillement, du vol plané du flocon, de son goût du silence ou du linceul, de son talent à masquer ce que l’on n’aime guère voir, et ceux qui grelottent sans toit, de douloureuses étoiles au bout des doigts.

Alors, pour pasticher Pierre Dac dont l’humour pouvait mordre comme un sel, ce n’est pas en fermant la porte quand il fait froid dehors… qu’il fait moins froid dehors quand la porte est fermée.

Oui, il ne fait plus nuit à 16.00h, mais le jour ne rompt pas toute la glace pour autant. Tout est si froid, et le thermomètre ne dit pas tout. Il y a le mensonge qui frigorifie, le non-dit qui pétrifie. Et «ce qu’on s’était juré, qu’à force on oublie».