Le droit à la fumette / Légalisation du cannabis

Jacques Hillion / La pétition publique numéro 1031 est un phénomène. Quelques heures seulement après avoir été déclarée recevable, le 7 juin, elle atteignait le nombre de signatures nécessaire pour ouvrir un débat public. Son sujet? La légalisation du cannabis dans un cadre de vente proche de la situation néerlandaise où herbe et hasch sont, en revanche, seulement dépénalisés.

Quoi qu’il en soit, le démarrage sur les chapeaux de roues de cette pétition montre bien les attentes liées à la fumette et l’hypocrisie qui règne sur le sujet. Le dernier «Disons Le Jeudi» qui s’est déroulé, hasard du calendrier, le jour même du succès pétitionnaire a d’ailleurs relevé l’étendue de l’usage (30% des jeunes) – sans compter les usagers plus anciens, puisque le cannabis s’est largement répandu dans nos contrées il y a une petite cinquantaine d’années – et, son corollaire, l’inefficacité de la prohibition. Sans parler de l’échec total de la répression policière et douanière.

Le paradoxe tient cependant moins dans les vertus récréatives et médicales du cannabis et les conséquences (bien moindres au regard des autres drogues, licites ou non) de son usage en matière de santé publique que dans la chape de plomb qui pèse sur ce produit.

A chaque question sociétale répond avant tout une morale de rejet, surtout s’il s’agit de réglementer la vie d’autrui.

A ce petit jeu, les partis politiques sont mal armés pour prendre en compte cette société qui évolue sans cesse. Seuls Déi Gréng, Déi Lénk et le parti des Pirates ont inscrit la légalisation dans leur programme.

Le DP et le LSAP doivent encore y réfléchir et, de l’avis de l’un des pontes de ce dernier, la partie qui se jouera lors du congrès d’adoption du programme électoral est loin d’être gagnée.

Quant au CSV, il s’oppose à toute forme de légalisation. Par peur que le Luxembourg devienne un marché de l’herbe.

Les freins politiques sont puissants et très électoralistes. Et ce, même si la légalisation gagne chaque jour du terrain et que les pays qui ont le moins de problèmes avec les drogues sont les plus permissifs.

En tout état de cause, ce n’est probablement pas demain que l’herbe sera libre. Ce qui, comme c’est le cas actuellement, n’empêchera pas ses consommateurs de tirer sur leur joint à l’école, au bureau, à l’usine, sur les chantiers, dans la rue, sur leur balcon ou à un concert. Car la réalité est bel et bien là, qu’on le veuille ou non