Doté d’une majorité nette, Macron a les mains libres

Au lendemain d’un second tour des législatives qui lui a donné une des plus larges majorités parlementaires de la Ve République, Emmanuel Macron a désormais les coudées franches pour mettre en oeuvre son programme présidentiel.

Selon les résultats définitifs -même si les 11 sièges pour les Français de l’étranger doivent être officialisés lundi-, la République en marche (REM) et son allié du MoDem s’adjugent 351 sièges, très largement au-delà de la majorité absolue de 289 sièges. Mais en battant une nouvelle fois un record d’abstention (57% contre 51,3% au premier tour), les électeurs ont refusé de laisser « carte blanche » au nouveau président, relève la presse de lundi.

« Seule l’abstention record vient ternir une victoire qu’aucun commentateur n’a anticipée en début de campagne. Venu de nulle part, Macron est désormais partout », analyse Libération. « En deux élections et quatre tours de scrutin, la révolution En marche!, à laquelle personne ne voulait croire, a déferlé sur la France comme un tsunami », commente Le Figaro. Mais il s’agit pour La Croix d’un « succès terni par l’abstention ». « Carton plein et urnes vides pour Macron », titre L’Humanité.

Comme de tradition après un scrutin législatif, Edouard Philippe devrait remettre lundi ou mardi la démission de son gouvernement et en former immédiatement un nouveau, qui ne devrait pas comporter de grands changements. Les six ministres candidats ont en effet été élus (Christophe Castaner, Richard Ferrand malgré les affaires judiciaires, Bruno Le Maire, Annick Girardin, Mounir Mahjoubi et Marielle de Sarnez).

Sur les 351 sièges de la majorité présidentielle, le MoDem de François Bayrou en obtient 41 et devrait donc former un groupe indépendant. L’alliance entre Les Républicains (LR) et l’UDI décroche 131 sièges, dont 113 LR. Le Parti socialiste n’obtient que 29 sièges. Très loin des 284 sièges socialistes de l’Assemblée sortante, mais là aussi moins catastrophique que redouté. Une « déroute incontestable », a toutefois admis son Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis avant d’annoncer son retrait de la direction du parti, qui obtient deux fois moins de sièges que lors du précédent désastre de 1993 (57 députés PS et apparentés).

Profond renouvellement

Non investi par le PS, mais non concurrencé par la REM, Manuel Valls a annoncé dans une ambiance houleuse sa réélection dans l’Essonne avec 139 voix d’avance sur sa concurrente de la France insoumise (LFI), Farida Amrani. Cette dernière a elle aussi revendiqué la victoire et annoncé un recours. Au plan national, LFI obtient 17 élus et le Parti communiste, dix.

Jean-Luc Mélenchon, élu à Marseille, a annoncé dimanche un « groupe parlementaire » LFI, sans évoquer les communistes. Le Front national obtient huit sièges et sa présidente Marine Le Pen découvrira le Palais-Bourbon, de même que son compagnon Louis Aliot. Ils y rejoignent Gilbert Collard, réélu dans le Gard. S’il quadruple le nombre de ses députés, le FN échoue cependant à constituer un groupe parlementaire de 15 députés.

Ce scrutin est également marqué par une première en Corse: l’élection de trois députés nationalistes, Michel Catellani, Jean-Félix Acquaviva et Paul-André Colombani.

Plusieurs sortants en difficulté sont finalement élus: le patron du groupe socialiste Olivier Faure, le communiste André Chassaigne, ou encore Eric Woerth et Eric Ciotti à droite et le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde. Protégés par la REM, les anciens ministres Stéphane Le Foll et Sylvia Pinel gardent leurs sièges.

Sont en revanche battus les anciens ministres Marisol Touraine, Jean-Jacques Urvoas, Najat Vallaud-Belkacem et Myriam El Khomri et la députée LR Nathalie Kosciusko-Morizet. Europe Ecologie Les Verts disparaît pratiquement de l’Assemblée, avec un seul élu (Eric Alauzet, Doubs).

Les grandes manoeuvres se poursuivront cette semaine: bureau national mardi et conseil national samedi pour le PS; bureau national pour Les Républicains mercredi, après l’élection de leur président de groupe et bureau politique du FN mardi. De son côté, Emmanuel Macron a les mains libres pour appliquer son programme (moralisation de la vie publique, réforme du droit du travail…).

Le prochain rendez-vous électoral aura lieu le 24 septembre, avec le renouvellement de la moitié du Sénat, actuellement à droite. Pour cette XVe législature, l’Assemblée sera en tout état de cause profondément renouvelée. Seuls 222 députés sortants étaient qualifiés pour le deuxième tour et 224 autres sortants ne se représentaient pas, plus du double qu’en 2012. Les nouveaux parlementaires commenceront à arriver dès cette semaine au Palais-Bourbon. Parmi eux, un nombre record de femmes: 223, contre 155 dans l’Assemblée sortante).