DISSONANCES/ Esch: la tuile!

Jean-Louis Schlesser / Lors de sa magistrature, l’actuelle ministre de la Santé, Lydia Mutsch, qui fut bourgmestre d’Esch de 2000 à 2013, voulut effectuer une gentrification forcée de la ville. En 2006, elle présenta un projet de redéfinition architecturale d’un square situé dans un quartier ouvrier populaire, emblématique et typique pour le caractère de la ville.

En découvrant le projet kitsch concocté par un Autrichien, le créateur multicarte (chansonnier, manager culturel, cinéaste, acteur, auteur, plasticien et multimillionnaire) André Heller, les Eschois pensèrent que Lydia avait perdu la boule.

Effrayée par la levée de boucliers et la violence de l’opposition, la pauvre Lydia dut battre en retraite et retira le projet. Elle conclut en son for intérieur que, décidément, sa vision de la ville d’Esch-sur-Alzette et l’image que les Eschois eux-mêmes s’en faisaient ne concordaient pas. Ses amis et adversaires politiques conclurent que côté empathie avec le citoyen, la bourgmestre avait encore à apprendre. Ce qui ne l’empêcha pas de se faire réélire.

Après Lydia, la visionnaire, arriva Vera Spautz, la gaucho, l’antithèse de sa prédécesseure. Si Lydia Mutsch voyait pour Esch un avenir (petit)-bourgeois avec éventuellement un zeste de bobo, un renouvellement urbanistique, un chouia de Berlin-sur-Alzette en plus petit, pour Vera, jamais loin des analyses marxistes, mais pragmatique en diable, plutôt au ras des pâquerettes, tout est sociétal et empathie avec les sous-privilégiés. Sauf qu’elle n’avait, semble-t-il, pas remarqué que ceux que son projet devait intéresser en premier lieu ne votent pas, n’étant pas inscrits sur les listes électorales eschoises ou alors, étant des frontaliers. Les descendants de l’ouvrier eschois, fils du peuple, sont employés par le secteur public (à l’image de son prochain bourgmestre CSV) ou travaillent dans une banque.

Ceux qui connaissent cette ville savent qu’Esch, depuis sa douloureuse déchéance en tant que centre de l’activité fondatrice de notre beau pays, la sidérurgie, n’a pas arrêté de chercher pour se trouver une nouvelle vocation. Elle ne semble pas près d’y arriver.

Le désastre électoral du LSAP à Esch est une conséquence directe du drame luxembourgeois: la ségrégation entre ceux qui ont la possibilité de participer au processus politique et ceux qui ne le veulent ou ne le peuvent pas. La «décomplexisation» du versant réactionnaire du débat public ainsi que la droitisation marquée du comportement électoral des Luxembourgeois en témoignent. A part certaines anecdotes peu ragoûtantes nuisibles à quelques cadors, les enjeux locaux ont à mon sens peu joué. Les Luxembourgeois ont voulu donner une impulsion conservatrice à la politique du pays.

La gauche serait bien avisée de faire ce qu’elle pourra afin que la société luxembourgeoise devienne plus inclusive qu’elle ne l’est actuellement.

En termes de mesure de sauvetage, c’est un pari risqué, je vous l’accorde. Mais à voir la courbe descendante sur laquelle se trouve notamment le LSAP, elle n’a plus grand-chose à perdre. Dans ces conditions, autant faire œuvre d’hygiène publique.