Dissonances / Deux fautes en cinq ans!

Jean-Claude Juncker se confesse à Sibiu.

Jean-Louis Schlesser / Que l’Union européenne aurait intérêt à garder le Royaume-Uni parmi ses membres me semble évident, même si ce royaume affectait souvent les allures d’un enfant gâté et mal élevé, caractériel.

Que les Britanniques payent leur sortie au prix fort est certain.

Que la campagne pour la sortie fût un exercice grandeur nature pour trouver la limite extrême de ce qu’on pouvait faire dans l’escroquerie idéologique, le mépris, la haine pour ceux qu’on prétend protéger ne peut être sérieusement mis en doute.

Un coup fatal devrait avoir été porté à l’encontre d’une idée vague et embrouillée qui refait surface de temps à autre et qu’on nomme «sagesse de la foule». Si tant est que cette sagesse eût réellement existé, les réseaux dits «sociaux» lui ont donné le coup de grâce. Une discussion sur l’impossibilité de la coexistence de ces réseaux avec la démocratie représentative s’impose.

Dernièrement, à Sibiu, en Transylvanie, Monsieur Juncker, président de la Commission de l’UE, avec un pied dans la porte de sortie du 200, rue de la Loi à Bruxelles, a gratifié le public d’un petit bilan de son action durant ses cinq ans de mandat. Il a admis avoir commis deux erreurs.

Cinq ans et deux erreurs! Il ne pèche pas par excès de modestie, notre roublard national, mais en cela, il ne nous surprend plus. Une de ses erreurs aurait été de ne pas avoir élevé la voix pendant la campagne du Brexit pour la bonne raison que le Premier ministre d’alors, David Cameron, le lui aurait demandé. Je pense qu’il a bien fait de se taire et qu’un discours, ou même plusieurs, n’aurait pas rajouté à la crédibilité des «remainers». Plutôt même le contraire. Ce qui ne veut pas dire que la Commission aurait dû se taire. Elle aurait même dû beaucoup parler, s’articuler, prendre la parole avec vigueur et sincérité. Seulement, le terrain du débat ne lui convenait pas. Plus un mensonge est gros, plus il est difficile de lutter contre. La vérité n’y suffit pas. Il eût en plus été nécessaire d’utiliser les mêmes vecteurs pour répandre la bonne parole qu’utilisent ceux qui arrosent le monde de mensonges. Vous voyez Monsieur Juncker, à 6.00h du mat, envoyer des tweets rageurs contre une énormité sortie de la bouche de Monsieur Farrage? Des tweets signés @realJeanClaudeJuncker?

Avec la deuxième faute commise durant les cinq ans à la tête de l’exécutif européen, nous en venons à un scandale énorme qui éclate au moment où Juncker prend ses fonctions. C’est l’affaire Luxleaks, impliquant notamment le cabinet PWC, où il devient flagrant que notre beau pays se rend complice d’une escroquerie institutionnalisée en évitement d’impôts au détriment de nos voisins européens. Monsieur Juncker regrette de ne pas s’être exprimé à ce sujet. Qu’aurait-il donc pu dire? Oui, je regrette d’avoir été l’instigateur principal de ces pratiques, leur ordonnateur?

Oui, il n’y avait qu’un seul type en charge, un cadre moyen de l’Administration des contributions, pilote de Harley-Davidson, moyennement qualifié pour gérer ces opérations.

Oui, en me nommant à la tête de la Commission, on a promu un des incendiaires capitaine des pompiers.

Donc, finalement, concernant cette faute-là au moins, dans son propre intérêt, il a eu raison de se taire.