En disette de mots

Un discours en dit long et court à la fois. Parfois il est court et en dit encore plus long. C’est tout à fait cela et cela fait tout un tas-bas… et que tout est un coup de tabac, soit dit au passage une gigantesque fumisterie!
Soit. Un discours trop long peut en gâcher un autre. Un entrain peut en cacher l’envers du décor. Cela me donne des vapeurs, bien je ve(u)ille à bientôt la boucler.
Ces mots-ci ne doivent pas être pris à la légère et encore moins pour une pro-vocation instrumentalisée. Si l’art de la rhétorique se veut une recréation et non récréation pour rentrer dans le lard.
Et le spectateur s’en tirerait une balle là où je pense ou se sentirait notamment floué dans l’histoire qui vient de lui être contée. Pour faire le juste compte qui fait les bons amis, l’ennemi personnifié se situe justement dans sa variété étriquée. Une habile variante de dit(e)-version sur laquelle je m’explique: chaque individu sait magner un micro. Chaque individu sait parler, même s’il dit peu de choses et presque n’importe quoi. C’est-à-dire de censé et d’insensé s’il oublie de penser. Alors quitte à censurer l’individu, l’acte ou suturer celui prémédité, la plaie béante devient alors une paix géante suivie d’une mise à pieds pour l’esprit de l’intéressé. Et le lecteur en perd les pédales, parce qu’il a perdu le fil de l’histoire entre l’inte(r)l(l)o-élocuteur et l’écouteur qui se veulent tous les deux acteurs de leur vie. Pour résumer l’imbroglio et l’aporie (dixit difficulté logique insoluble) en ce cas présent et oppressant, une simple démonstration par l’absurde devrait suffire: instaurons la disette des mots-dits et supputons celles des non-dits lors d’un discours illusoire.
La solution de ce rébus se fait en effet pêle-mêle en dix sept mots choisis sans hasard mais que l’intello balance à l’auditoire bon comme lui semble.
Tel le résumait en tous cas Raymond Devos, moyennant l’argument indécrottable et indélébile suivant: ce n’est pas parce que l’on a rien à dire qu’il faut l’ ou s’affirmer. Ainsi ce (re)ferme en par-en-thèse cette chronique du mo(r)t annoncé mais jamais prononcé, de quelque bord qu’il soit. En effet, en ironisant sur un phrasé récent, soit dit un ranci déphasé du Président de l’Hexagonie, l’apauvri est à l’opposé de l’aporie. le pognon est dingue et l’aide associale se nomme ISF, import sur la foutaise qui coûte la peau des fesses!
Une ma-c(r)onnerie par procuration. Et le bide est comme le vide, un creux, un mot invisible, monde inaudible à ne pas prendre à la lettre près. Ni en politique, ni un tique poli mais souvent bien mal éduqué. Exit la démo par l’absurde.
Et voici, in fine, mes dix-sept maux et traits d’union pour ce début de cou(l)pe du monde et clôturer le commencement par la f(a)im:
1.Arme-ment, fi&pénalité, guè(r)re, sur-population, tortu(r)er, à-peau-vrire, pou(r)voir, cassa(c)tion, volerà-l’aide, ex-ode, i(n)&désolation, re-foule-ment, pandémie, infa(i)m-nie, sou(s)France, fra(nc)-terne-idée, 17.In-égalités.
En vous souhaitant, cher (é)lecteur, un bel été à l’approche des canvaces, rébus verlan ou mots croisés pour mon esprit convalescent.

Philippe Kieffer

PARTAGER
Article précédentL’horreur
Article suivantLa mémoire a les jambes courtes