Difficulté à convaincre / Campagne électorale européenne

Jacques Hillion / Morne campagne électorale que celle des européennes. Certes, le deuil national décrété après le décès du Grand-Duc Jean a tempéré la vie publique, qu’elle soit culturelle ou politique. Pourtant, les candidats ne déméritent pas. De soirées électorales en tables rondes, ils décortiquent leurs programmes. Lutte contre le réchauffement climatique, protection de l’environnement et des animaux, progrès social, défense de la démocratie et des droits des citoyens, transparence des institutions, politique migratoire commune, fin de l’unanimité pour les questions de politique étrangère afin de donner une voix politique à l’Europe dans le monde, fin de l’unanimité en matière de fiscalité pour mener une politique de redistribution européenne… les propositions sont multiples et dessinent une Union européenne tel que chaque camp l’imagine et l’espère. A l’électeur de faire son choix en fonction du niveau d’intégration européenne souhaitée.

Si la campagne porte essentiellement sur le fait européen, c’est certainement parce que le Luxembourg est l’un des pays où l’Union se vit le plus facilement au quotidien. Toutefois, dans les autres Etats membres, la campagne se déroule principalement sous le prisme des enjeux nationaux. Il s’agit dès lors, pour les candidats, d’affirmer leur volonté de faire (ou défaire) l’Europe. D’où l’inexistence d’une campagne électorale digne de ce nom.

Une des difficultés de l’Europe est d’exister en dehors des crises qu’elle traverse régulièrement. Les crises (financière, monétaire, migratoire et même ukrainienne) et quelques grands dossiers comme les traités de libre-échange, font partie des rares moments qui suscitent le débat. Ce que les élections n’arrivent pas à concrétiser. Et pourtant l’un de leurs enjeux est la coalition qui se formera au Parlement. Alors que les conservateurs du PPE et les sociaux-démocrates du PSE devraient rester les principaux groupes, les sondages laissent entrevoir qu’ils devront s’allier. Avec les libéraux de l’ADLE? Avec les Verts? Les urnes le dicteront. Et donc l’électeur. Même si ce dernier sait que la prise de décision est en grande partie du ressort du Conseil européen. Et que ses membres, chefs d’Etat et de gouvernement, sont issus des urnes nationales… C’est peut-être là que le bât blesse.