Le diable par les cornes / Spots

A la veille d’élections au Parlement européen cruciales pour l’Europe des droits de l’Homme, le comportement des démocrates face à l’extrême droite tient hélas trop souvent d’un pari qu’ils ne peuvent que perdre: en ostracisant ces ennemis de la démocratie, ils jouent le jeu de ces gens qui préfèrent la posture au débat, et ils leur offrent en prime le rôle de victime dont ils rêvent.

Il ne suffira pas de s’adresser aux électeurs égarés pour faire taire les sirènes de la xénophobie et du repliement sur soi. Le pari qu’il faut tenter, c’est celui de la confrontation d’idées directe.

On se rendra vite compte que l’extrême droite ne dispose pas des moyens nécessaires pour l’emporter dans une telle discussion – le face-à-face du deuxième tour de l’élection présidentielle française de 2017 entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen en est l’illustration. Pour lui faire entendre raison, il est préférable de prendre le diable par les cornes, plutôt que de le tirer par la queue – à condition de suivre quelques règles de conduite, afin ne pas se brûler.

Commençons par interdire à l’extrême droite d’imposer ses modes de communication et ses règles du jeu en remplacement du débat démocratique, et n’hésitons pas à judiciariser les actions et les paroles qui constituent des infractions aux lois.

Interdisons-nous à nous-mêmes de céder à la facilité qui consisterait à «importer» des éléments du discours d’extrême droite dans le nôtre, en espérant rattraper des électeurs. Combattre les peurs et les préjugés des autres ne met pas toujours à l’abri de ses propres peurs et de ses propres préjugés – il y a des «bien-pensants» qui ne sont pas d’extrême droite, mais qui en font le jeu malgré eux.

Soignons notre communication, en nous exprimant de manière claire et simple, sans arrogance ni condescendance vis-à-vis de personne, sans refuser l’ironie, mais en évitant les excès d’émotions et la diabolisation élémentaire (pardon pour le titre de cette chronique!). Et puis, ne parlons pas pour ne rien dire, en nous contentant de rappels faciles à des principes abstraits: nous n’assurerons la pérennité des droits fondamentaux qu’en montrant par des exemples concrets comment ils se réalisent.

Il restera surtout à analyser le programme de l’extrême droite ou à dénoncer le cas échéant l’absence de programme, et à bien argumenter contre des positions comme l’exigence de la sortie de l’euro ou celle du retour au protectionnisme économique et social. On ne bat pas un adversaire politique en lui faisant un procès d’intention, mais en montrant que les solutions qu’il propose ne tiennent pas la route ou sont incompatibles avec les principes qui gouvernent la société à laquelle nous tenons.

Et pour finir, jurons-nous de ne jamais associer l’extrême droite au pouvoir dans l’espoir de la dompter. Si ces gens ne sont pas des diables, ils sont bien les coucous de la démocratie, et à leur faire une place, nous nous retrouverions bientôt en bas du nid.

Claude Weber

Ligue des Droits de l’Homme