Devant le petit écran / Coup de cœur

Passant ces jours-ci beaucoup de temps à la maison, j’ai essayé de me détendre en regardant davantage que d’habitude la télévision. La plupart des programmes qui y défilent à longueur de journée et de nuit sont d’une incroyable nullité, surtout ceux où on passe à la chaîne et sans gêne les pénibles altercations et scènes de ménages de personnes ayant accepté, probablement contre paiement adéquat, qu’on les filme pendant qu’elles s’engueulent, se frappent et se déchirent.

On y est confronté à un beau florilège de gens ayant cru devoir suivre la tendance regrettable du laisser-aller en toutes circonstances: coiffures hirsutes multicolores, piercings et tatouages, tenues débraillées et absence de manières. Les émissions se déroulant dans des salles de justice fictives, avec altercations souvent fort bien jouées entre juges, accusés et témoins, ne sont pas beaucoup mieux. Sans parler des histoires de meurtres crapuleux et de violence inouïe, même à des heures de grande écoute, qui sont devenues monnaie courante.

Et que dire des apparemment inévitables émissions de cuisine? Elles ont tellement de succès que toutes les chaînes en diffusent sans arrêt. Et si j’ai bien voulu suivre, à quelques occasions, celles auxquelles participait notre Léa nationale, qui y a apporté sa verve, ses rondeurs et son large sourire, je me contente en général de savoir préparer de mémoire la demi-douzaine de plats archi-simples qui ont mes faveurs. Il y a pourtant, et heureusement, aussi des chaînes qui diffusent régulièrement des programmes à grand intérêt culturel, géographique ou historique et d’autres sur lesquelles défilent en boucle les nouvelles du monde. Et celles-là n’étaient une fois de plus pas très rassurantes: l’ouragan dans les Caraïbes et le sud des Etats-Unis, la fusillade meurtrière de Las Vegas, l’attaque de Marseille et la Catalogne en regrettable ébullition en sont de tristes exemples.

J’ai suivi à ce propos à la télévision le courageux discours du roi d’Espagne, en plutôt pénible posture en l’occurrence, alors que la Catalogne aspire à devenir une république. Le souverain en a appelé, en invoquant la Constitution, à la solidarité de tous les Espagnols. Mais les Catalans ne l’entendent hélas pas de cette oreille. Encore qu’il ne faut pas oublier qu’à peine la moitié des habitants se sont rendus aux urnes le 1er octobre et qu’on ne peut donc pas affirmer que le désir d’une séparation de l’Espagne ferait l’unanimité.

Dans la situation actuelle, et le Parlement européen l’a relevé haut et fort, seul un dialogue ouvert et responsable entre les parties concernées pourrait encore aider à calmer la situation, qui s’est malheureusement détériorée à cause des interventions brutales des forces de l’ordre, dirigées à partir de Madrid sur ordre d’un Premier ministre fort contesté. Sinon la débâcle espagnole, une vraie corrida où le taureau catalan risque de l’emporter, deviendra très vite, à côté du Brexit, un très sérieux et très grave problème européen. Quant aux résultats des élections de dimanche dernier, il ne reste qu’à accepter la volonté de l’électeur et à espérer que lors des pourparlers de coalition, il n’y aura pas trop de crêpages de chignons!

Pierre Dillenburg