Dette record, croissance en berne: le mauvais élève italien préoccupe la zone euro

L’Italie devrait afficher en 2019 et 2020 une croissance bien inférieure à celle de l’ensemble de la zone euro et voir grimper sa dette à un niveau record préoccupant, selon les prévisions publiées mardi par la Commission européenne.

Ces anticipations pessimistes vont à l’encontre de celles de la coalition populiste au pouvoir en Italie, ce qui pourrait provoquer de nouvelles tensions après un premier bras de fer fin 2018 entre Rome et Bruxelles sur le budget du pays. Mais à moins de trois semaines du scrutin européen, la Commission se garde pour l’instant de se montrer trop critique à l’égard de la coalition au pouvoir en Italie, alliance de la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème).

Dans ses prévisions de printemps, l’exécutif européen table, pour l’ensemble de la zone euro, sur une hausse du Produit intérieur brut (PIB) de 1,2% en 2019 et 1,5% en 2020, après 1,9% en 2018.

Ces chiffres sont en légère baisse par rapport aux dernières projections publiées début février, le contexte étant aujourd’hui un peu plus marqué par des incertitudes sur le commerce mondial et l’éventualité d’un « Brexit sans accord ». Parmi les 19 pays ayant adopté la monnaie unique, l’Italie apparaît clairement comme le mauvais élève, qu’il s’agisse de sa croissance, de son déficit public, ou de sa dette, qui affiche déjà un niveau record. Elle est quasiment le seul membre de la zone euro à afficher des taux de croissance anticipés sous 1% pour 2019 et 2020: à peine 0,1% cette année, puis 0,7% l’an prochain –contre respectivement 0,2% et 0,8% anticipé à Rome.

Seule l’Allemagne devrait présenter une croissance à 0,5% en 2019 –avant de repartir à 1,5% en 2020– en raison, selon le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici, « de la faiblesse dans l’industrie manufacturière, en particulier le secteur automobile ». Conséquence de la faible croissance en Italie, son déficit public devrait, selon la Commission, atteindre 2,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2019, puis 3,5% en 2020. Des niveaux bien plus problématiques que ceux annoncés par l’Italie: 2,4% cette année, réduit à 2,1% en 2020. Quant à la dette publique, elle devrait grimper à des niveaux records: 133,7% en 2019, puis 135,2% du PIB, contre 132,2% l’an passé. Le niveau d’endettement de l’Italie est le deuxième de la zone euro, après la Grèce, bien au-dessus du plafond de 60% du PIB établi par les règles européennes. Et la politique d’expansion engagée par la coalition italienne inquiète les partenaires de la péninsule.

Dans un entretien au quotidien La Stampa, le chancelier conservateur autrichien, Sebastian Kurz, a encore estimé lundi que l’Italie risquait de menacer l’ensemble de la zone euro si l’UE ne durcissait pas ses règles en matière d’endettement public excessif. C’est le seul moyen d’éviter que l’Italie, qui a renoué avec la croissance début 2019 après un semestre de récession en 2018, « ne mette toute la zone euro en danger », a-t-il dit.

Bruxelles n’a cessé d’appeler ces derniers mois Rome à agir pour réduire son énorme dette publique et respecter les règles européennes. Fin 2018, l’Italie et la Commission s’étaient livrées à un long bras de fer sur le niveau du déficit italien, avant de s’entendre sur un déficit public de 2,04% du PIB. Ce seuil sera finalement largement dépassé, mais en pleine campagne européenne, Bruxelles semble pour l’instant ménager Rome en évitant les déclarations trop politiques.

« Ce n’est pas aujourd’hui que nous allons traiter de la question de la conformité » du budget italien avec les règles européennes, a affirmé mardi M. Moscovici. Mais « il faudra sans aucun doute y revenir. » Ce n’est que « début juin », c’est-à-dire après le scrutin européen, que la Commission évaluera les Etats membres au vu des règles budgétaires, dans le cadre de ses traditionnelles recommandations pour chaque pays. Ce rendez-vous, où des sanctions pourraient alors être évoquées, est particulièrement attendu.