Dessine-moi un pays / Inauguration du tramway

Jacques Hillion /Trente ans. Il aura fallu trente longues années pour que le tram dans la capitale (re)devienne une réalité.

Est-il nécessaire de revenir sur les tergiversations qui entourèrent sa gestation?

Née dans les rangs des Verts puis poussée par le Mouvement écologique, l’idée d’un tram s’est vite heurtée à une fronde politique, notamment de la part des édiles DP et des commerçants de la Ville.

A l’inverse de la route du Nord, qu’il a dû inaugurer contre son gré, François Bausch est, pour cette occasion, l’un des rares à pouvoir en tirer le bénéfice.

Toujours est-il que l’inauguration en grande pompe de la première section du tram, du funiculaire et de la gare de Howald tombe à pic tant les réseaux routier et ferroviaire sont arrivés à saturation.

Si cet événement a surtout une valeur symbolique et même si le tram changera, quand il sera terminé, la physionomie de la Ville, il ne s’agit que d’un mode de transport, d’une composante d’une mobilité qui doit évoluer.

C’est l’enjeu des prochaines années. La situation actuelle est intenable et tout immobilisme serait fatal face aux projections démographiques qui, croissance économique ou non, dessinent un Luxembourg à un million d’habitants dans les prochaines décennies. Ce chiffre n’est certes pas un but à atteindre, mais il détermine un élément essentiel.

A savoir que le seul développement des infrastructures sera insuffisant. C’est effectivement d’aménagement du territoire dont il est question. Et donc de tout ce que l’espace contient et que les aménageurs scindent volontiers avec plus ou moins de mixité en zones de travail, d’habitat, de nature, de loisir, de transport, de protection, etc.

En un certain sens, leur tâche sera de redessiner le Luxembourg en tenant compte de son exiguïté et en articulant ses différentes zones afin de contrôler son développement, qu’il soit démographique ou économique, et ses répercussions en termes de qualité de vie.

Pour tout cela, il faut beaucoup de volonté politique et des visions de ce que demain sera.

Il y a trente ans, l’idée d’un tram était visionnaire en termes de transport urbain. La volonté politique s’y est, elle, greffée beaucoup trop lentement. C’est tout du moins la leçon de l’inauguration du premier tronçon. Il n’est pas la panacée, mais il doit ouvrir le débat sur les questions d’aménagement du territoire.

Le projet du gouvernement devrait être présenté au printemps.

Espérons qu’il se nourrira du débat plutôt que de se noyer dans des discussions stériles.