D’Ernst & Young à EY – Alain Kinsch: «accumuler des profits n’est plus suffisant»

Alain Kinsch

Changement d’identité, nouvelles missions… Fort de son succès, le Big Four veut également faire des affaires, autrement.

Comme l’ensemble des Big Four, Ernst & Young (désormais EY) est le fruit de différentes fusions qui se sont opérées au fil du temps, depuis la création, en 1903, du cabinet d’expertise comptable Ernst & Ernst.

C’est en 1989 que la firme a pris le nom d’Ernst & Young. Au Luxembourg, l’entreprise est active sous d’autres noms depuis 1977. 2002 reste une étape importante dans son histoire via la fusion d’Ernst & Young avec le cabinet Arthur Andersen, qui était actif au Grand-Duché depuis 1986.

Alain Kinsch
Alain Kinsch

«En matière de consulting, nous sommes en retrait par rapport à nos concurrents. Nous n’avons pas notre taille normale. Notamment parce que lors de la fusion avec Andersen, cette activité n’a pas été reprise à cause d’une clause de non-concurrence avec Cap Gemini, cabinet auquel Ernst &Young avait cédé une partie de ses activités conseil en 2000. Aujourd’hui, l’un de nos objectifs est de renforcer notre position dans ce métier, notamment dans le conseil bancaire et tout ce qui relève plus particulièrement de l’IT. Nous allons investir pour y parvenir», précise Alain Kinsch.[cleeng_content id= »164437123″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]

En ce qui concerne l’activité, 40% est liée aux fonds d’investissement, secteur bancaire et assurance. 30% relève du secteur commercial avec une implication forte dans les télécoms – Ernst & Young Luxembourg est centre de compétence pour le réseau à l’échelon européen –, les PME et les collectivités publiques.

Les 30% restants relèvent du private equity (investissement dans les entreprises non cotées) et du real estate (immobilier).

«Le private equity et le real estate représentent un tiers de notre chiffre d’affaires. Ce sont des domaines dans lesquels nous avons beaucoup investi, notamment en spécialisant certains de nos jeunes collaborateurs dès leur première année chez nous. Pour avoir une petite idée du développement en matière de private equity en particulier, lorsque j’ai pris en charge la création de ce département spécialisé, avec mes collègues, en 2004, nous étions 5 personnes y dédiées, aujourd’hui 150 personnes sont entièrement spécialisées dans ce secteur», détaille Alain Kinsch qui, aujourd’hui encore, pilote les opérations de cette nature à l’échelon EMEIA (Europe, Moyen-Orient, Inde et Afrique).

«En ce qui concerne le real estate, là encore, une équipe de 150 personnes est spécialisée dans ce secteur», ajoute le responsable, «globalement, on peut dire que nous réalisons 55% de notre chiffre d’affaires dans le secteur financier et 45% dans le secteur non financier. Nous sommes donc très diversifiés au niveau des secteurs de l’économie pour lesquels nous travaillons: une diversification qui est une source de sérénité dans la mesure où lorsqu’un secteur se porte moins bien, un autre se porte mieux».

Si Ernst & Young Luxembourg se distingue de ses concurrents par son ancrage fort localement – un tiers des associés sont luxembourgeois et c’est également le cas d’Alain Kinsch –, la firme revendique également, dans le même temps, d’être le cabinet le plus intégré.

Cap sur l’international

En permanence, une quarantaine de collaborateurs sont à l’étranger dans d’autres cabinets Ernst & Young à travers le monde, pour des missions de 6 mois à 2 ans. Une possibilité d’expérience à l’étranger qui est également une source de fidélisation de l’équipe composée d’une cinquantaine de nationalités différentes. La présence à l’international se décline aussi via l’ouverture d’antennes sises aux Etats-Unis, à Doha depuis l’année dernière et à Hong Kong depuis cette année.

Alain Kinsch: son parcours
Lorsqu’il est nommé Country managing partner de Ernst & Young, en 2010, Alain Kinsch n’a que 38 ans.

Titulaire d’un magistère en sciences de gestion de Paris-Dauphine, il intègre Arthur Andersen en 1995, avant de reprendre des études pour obtenir un MBA effectué à l’Insead.

Il rejoint Ernst & Young (la fusion avec Andersen est effective) en 2004. La même année, il crée le département «private equity» (voir ci-contre) qu’il gèrera jusqu’en 2010.

Parallèlement à ses activités professionnelles, ce passionné de sport est également vice-président de SOS Villages d’enfants et consul général des Philippines au Luxembourg.

«Nous nous positionnons sur les marchés à forte croissance. Nous irons certainement au Brésil plus tard, on ne peut pas tout faire en même temps. Personnellement, je crois également beaucoup en la Chine car au-delà de son dynamisme, le Luxembourg a su créer des liens étroits avec ce pays», explique le manager.
Au registre des projets, Ernst & Young, qui emménagera dans ses nouveaux locaux au Kirchberg en 2016, a adopté un nouveau nom et une nouvelle identité visuelle depuis le début du mois de juillet et amorce un virage que l’on peut qualifier de «citoyen».

«Nous pensons qu’au-delà de gagner de l’argent, ce qui est absolument nécessaire, la raison d’être d’un Big Four est aussi de contribuer activement à construire un univers de travail plus en phase avec la société et ses réalités, notamment ses jeunes qui ont un rapport différent au travail. « Building a better working world », telle est notre ambition, accumuler des profits n’est plus suffisant, nous voulons créer un environnement de travail propice au développement et à l’épanouissement de chacun», affirme Alain Kinsch.

Fabrice Barbian

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