Dépasser l’indignation / Israël – Palestine

Jacques Hillion / Ceux qui provoquent la violence font partie du problème et ne font pas partie de la solution.»

Il y a beaucoup de cynisme dans cette phrase de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump. Prononcée lors de l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, reconnaissant de facto la ville comme la capitale d’Israël.

Pendant ce temps, à une petite centaine de kilomètres de là, sur la ligne de démarcation entre Israël et la bande de Gaza, Tsahal tirait sur des manifestants palestiniens.

Le bilan rend compte du bain de sang: près de 60 tués et 2.400 blessés.

En déménageant son ambassade, Donald Trump a signé l’avis de décès du processus de paix. Alors que les Etats-Unis se posaient toujours en médiateur dans les négociations entre Israéliens et Palestiniens, ils se sont aujourd’hui rangés sans réserve du côté israélien. De fait, le président américain joue avec le feu puisque, avec son rejet de l’accord sur le nucléaire iranien et le regain de tension entre Tel-Aviv et Téhéran, c’est toute la région qui risque de s’embraser sous le coup de décisions unilatérales. C’est aussi un cadeau sans condition au gouvernement israélien qui s’est saisi de l’occasion pour poursuivre l’écriture du roman national. Mais à quel prix?

Les arguments, les peurs et les divisions des uns et des autres trouvent-ils encore une justification quand Netanyahou ne cesse de répéter qu’il n’y a pas d’interlocuteur en face de lui pour négocier la paix alors qu’il fait tout pour ne pas en avoir? Que dire face au désespoir des deux millions de Palestiniens enfermés dans cette prison qu’est la bande de Gaza, un territoire de 360 km2?

Le bilan de ce massacre ne peut que soulever l’indignation. Celle-ci doit cependant être un moteur pour sortir de cette fatalité meurtrière et dépasser les condamnations internationales qui ne cessent de se manifester.

Or, l’ONU a de plus en plus de difficultés à faire entendre sa voix tant le processus de décision est bloqué par les intérêts de l’un ou l’autre membre du Conseil de sécurité. Quant à l’Europe, malgré de la bonne volonté, sa voix politique sur la scène internationale a une portée limitée, même si économiquement elle peut peser.

Il paraît difficile de retrouver le chemin du dialogue tant l’usage de la force semble être devenu la norme.

Pourtant, il n’y a guère de choix. S’il n’est pas possible de réclamer toujours plus à ceux qui ont tout perdu, la main tendue doit venir de celui qui a toutes les cartes en main. Sinon, le roman national israélien continuera à s’écrire en lettres de sang. Ce qui n’est pas viable.