Démission de la présidente réformiste de la banque centrale d’Ukraine

« Mission accomplie »: la présidente de la banque centrale d’Ukraine Valéria Gontareva, nommée en pleine crise financière par les autorités pro-occidentales, a démissionné lundi, estimant avoir réalisé les réformes nécessaires malgré les pressions exercées par les oligarques.

Louée par les économistes libéraux mais parfois accusée d’avoir agi au détriment du pouvoir d’achats des Ukrainiens, Mme Gontareva a annoncé avoir présenté sa démission, effective au 10 mai, au président Petro Porochenko. Ce dernier doit désormais nommer le nouveau patron de la Banque nationale d’Ukraine (NBU), l’une des institutions les plus respectées du pays. « J’estime que ma mission est accomplie.

Les réformes ont été faites », a déclaré Mme Gontareva, 52 ans, lors d’une conférence de presse. Cette économiste passée par des institutions financières de premier plan comme ING ou la Société Générale avait été nommée en juin 2014 à la tête de la Banque nationale par le président Porochenko, élu à l’issue du mouvement pro-européen du Maïdan.

Elle était alors considérée comme une gestionnaire de crise alors que l’Ukraine traversait de graves difficultés financières aggravées par le conflit dans l’Est industriel avec les séparatistes prorusses, qui a fait plus de 10.000 morts depuis. La monnaie s’est effondrée et l’inflation s’est envolée, plombant le pouvoir d’achat. Le pays a frôlé le défaut de paiement, évité grâce à un plan d’aide occidentale du Fonds monétaire international (FMI), accordé en échange de réformes de rigueur impopulaires, et une restructuration de sa dette.

Mme Gontareva a expliqué qu’au départ elle comptait rester moins longtemps à ce poste mais qu’elle n’avait pas pu « laisser la réforme du système bancaire dans une période critique », a-t-elle justifié. Elle a présenté comme « un succès incontestable » la reprise de la coopération avec les bailleurs de fonds occidentaux de Kiev qui a permis « à l’économie de se maintenir à flot dans des conditions catastrophiques ». Le FMI a donné début avril son feu vert à un nouveau versement d’un milliard de dollars, après de difficiles négociations et un retard dû au blocus des échanges commerciaux avec les régions sous contrôle séparatiste.

– ‘Tenez bon’ –

Le travail de Valéria Gontareva a été dans l’ensemble salué par les économistes occidentaux, en particulier son nettoyage du secteur financier opaque où de nombreuses banques étaient soupçonnées de servir les intérêts privés des milliardaires.

Mais elle s’est trouvée sous intense pression des influents oligarques dont les médias ont vivement critiqué l’orientation libérale de sa politique. « N’importe qui à ce poste se trouvera sous pression politique. Pour cela, je voudrais dire à mon équipe: tenez bon », a déclaré Mme Gontareva. Certains députés populistes avaient même jugé qu’elle devrait être envoyée en prison pour s’être pliée aux exigences du FMI en réduisant le soutien à la monnaie nationale. La dévaluation de la hryvnia a plombé la valeur des économies des Ukrainiens et alimenté l’inflation. Elle a cependant permis à la banque centrale d’éviter de vider ses réserves en portant à bouts de bras artificiellement la monnaie.

L’économiste Timothy Ash, de la société financière Bluebay Asset Management, a jugé que la tâche s’annonçait « difficile » pour le successeur de Valéria Gontareva. « J’ai tendance à penser que l’histoire jugera Gontareva plutôt bien, pour les réformes qu’elle a lancées pour (la banque centrale) et le secteur bancaire en général », a estimé ce bon connaisseur de l’Ukraine dans le journal anglophone Kyiv Post. Sous sa direction, la NBU a fermé 88 des 180 banques ukrainiennes. Elle a ciblé particulièrement les « banques zombies », des établissements en théorie trop faibles pour fonctionner normalement selon Mme Gontareva comme « les banques privées des oligarques » et impliquées pour certaines dans « des activités criminelles ».

L’un de ses coups d’éclat a été la nationalisation forcée de PrivatBank, banque contrôlée par Igor Kolomoïski, un milliardaire influent cible de la politique anticorruption du président. Selon elle, 97% des crédits aux entreprises de cet établissement étaient accordés à des sociétés contrôlées par M. Kolomoïski ou par ses partenaires, mettant en péril les dépôts de près de la moitié de la population ukrainienne.

afp