(Dé)livrez-vous!

Neuf pièces de couleur différente (rose, rouge et noir, marron ou, sur la photo, bleu-clair) où se défaire de ses envies, de ses regrets aussi (Photo: Eric Chenal)
Neuf pièces de couleur différente (rose, rouge et noir, marron ou, sur la photo, bleu-clair) où se défaire de ses envies, de ses regrets aussi  (Photo: Eric Chenal)
Neuf pièces de couleur différente (rose, rouge et noir, marron ou, sur la photo, bleu-clair) où se défaire de ses envies, de ses regrets aussi
(Photo: Eric Chenal)

Dans l’Aquarium du Casino Luxembourg: «ride (with) the wind».

Lors de la Nuit des musées, il y avait foule dans l’installation (série de petits espaces colorés) conçue par le New- Yorkais Brent Birnbaum, entre confessionnal et thérapie. Sauf que tout est léger, comme plume au vent.

En acceptant de passer d’une pièce à l’autre, – il y en a 9, chacune de couleur différente, alignées le long des 27 m du transparent «Aquarium» –, on accepte que Brent nous soumette à la question: à chacun – mais chacun reste libre de jouer le jeu ou de résister –, il demande – et la méthode est aussi ludique que perturbante – de réfléchir sur la vie, sur le «comment je suis acteur de ma vie».

Avec sa tête de gourou, mais taillé comme un bûcheron, Brent Birnbaum, né en 1977 à Dallas, architecte d’intérieur de formation, adopte désormais l’installation et la performance comme modes d’expression – pour autant, même s’il se doit d’être toujours présent aux côtés du visiteur, comme un «guide», il n’est pas proprement dit un performer. C’est en tout cas sa première exposition en Europe et ce qu’il propose à Luxembourg, qui est de l’ordre d’un engagement interactif, de l’ordre aussi de l’abolition des frontières entre l’œuvre d’art et le public, est un dérivé du projet The Bureau of Apology montré par trois fois à New York en 2012: c’est là que Leonor Comin, la curatrice, a été séduite. Et il y a de quoi.

Dans quel état j’erre?

Brent, prodigieux personnage, est assurément un chineur, un accumulateur d’objets divers – parfois très kitsch (façon d’intégrer la culture populaire), souvent futiles (façon aussi de toiser le société de consommation) – mais qui fonctionnent tous comme une madeleine de Proust. C’est dire si la littérature infuse sa démarche, la philosophie aussi.

[cleeng_content id= »995508205″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]D’ailleurs, Brent a une figure tutélaire, Einstein, qui donne de la folie la définition suivante: «La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent». Brent de questionner ce processus et de tenter de nous faire expérimenter un parcours tout personnel, ou de nous permettre de contrôler un parcours que l’on ferait librement. Pas d’inquiétude, la folie ne gagne personne – on peut même oublier Einstein – et la déambulation est parfaitement confortable.

Concrètement, Brent vous attend en début de dédale, pour vous quitter aussitôt, après vous avoir remis des feuilles blanches. Où écrire vos réponses… aux questions posées dans chaque pièce. Chacune des 9 petites pièces a une thématique, son propre code couleur et des objets peu prou totémiques, le tout s’articulant par correspondances – la salle orangée évoque l’enfance, la rose a toutes les chances de suggérer la sexualité, la mort préfère le noir et rouge, quant au dernier espace, en bleu clair, il vous parle de l’au-delà; il y a donc une progression chromatique et existentielle.

Parmi les objets, il y a un élément sculptural récurrent, que l’artiste a bricolé lui-même avec du bois et des bouts textiles (ersatz de drapeau de prière tibétain), contenant chaque fois un galet et un coquillage (glanés sur la plage où habite l’artiste).

Sinon, dans chaque pièce, cinq objets sont immuables: une table, une chaise, une horloge (fixée sur le 4 dès lors que vous vous trouvez dans la pièce n° 4, sur le 7 dès lors que vous passez dans la chambre n° 7 et ainsi de suite), un téléphone – symbolique sortie de secours ou de possible appel de détresse – et un livre, emblématique véhicule du/des sens du monde. C’est dans ce livre que se trouve la question. A chaque fois différente. Rythmant les aléas de la vie, les ressentis, les envies, les craintes et les hontes. Exemples: que vous faut-il ou vous manque-t-il pour être heureux, avez-vous déjà été infidèle et pourquoi, quelle est la pire chose que vous ayez faite, comment voyez vous la vie après la mort?

Le plus curieux, c’est que personne ne se dérobe. Brent collecte les réactions ou réponses (strictement anonymes) à la sortie, il les archive sans les lire…. ou alors, seulement six à neuf mois plus tard, ce qui lui permet d’affirmer que toutes les réponses sont sincères, à ce point puissantes qu’il sent trouve chaviré. Chaviré par cet impérieux besoin de chacun de se défaire de ses regrets.

Marie-Anne Lorge

Jusqu’au 27 octobre et du 25 novembre au 1er décembre, en présence de l’artiste, les mercredis de 12.00 à 14.00h, les jeudis de 18.00 à 20.00h, les samedis et dimanches de 14.30 à 17.30h.

Casino Luxembourg – Forum d’Art contemporain, 41 rue Notre Dame, Luxembourg, tél.: 22.50.45 et www.casino-luxembourg.lu[/cleeng_content]