Défense: l’UE réagira au changement « fondamental » de la diplomatie américaine

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a averti vendredi que l’Europe allait devoir investir plus dans sa propre défense en raison du changement « fondamental » de la diplomatie américaine.

« Les Etats-Unis ont fondamentalement changé leur politique étrangère bien avant l’arrivée de Donald Trump », a-t-il souligné lors d’une conférence sur la défense et la sécurité à Prague. « Nous n’avons pas d’autre choix que de défendre notre maison (..) en augmentant notre effort de défense », a-t-il ajouté.

« La protection de l’Europe ne peut plus être sous-traitée », a-t-il ajouté, en référence à l’Alliance atlantique. Le président Trump avait fait naître, par certains propos et certains silences, des craintes sur la solidarité des Etats-Unis avec les autres membres de l’Otan en cas d’agression contre l’un d’entre eux.

La Commission européenne a détaillé mercredi un projet censé mobiliser 5,5 milliards d’euros par an d’investissements pour la défense européenne et a proposé deux scénarios d’intégration militaire renforcée des 27. La secrétaire générale adjointe de l’Otan, Rose Gottemoeller tout comme la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini ont insisté toutefois sur la complémentarité de l’Otan et de l’UE dans la défense de l’Europe. « Une défense européenne plus forte veut dire une Alliance atlantique plus forte et réciproquement (…) Ni l’Otan ni l’Europe ne peuvent relever seules les défis », a déclaré Rose Gottemoeller. « Il ne peut y avoir de compétition entre nos institutions », a renchéri Federica Mogherini, alors que les pays de l’Est européen continuent à accorder la priorité à l’Otan pour leur protection. « Le temps est venu d’agir » sur les questions de défense européenne, a insisté Mme Mogherini. « Du nord au sud de l’Europe, d’est en ouest, les citoyens disent: nous voulons plus de sécurité européenne », a-t-elle ajouté en référence à la menace terroriste et à la crise des migrants.

La ministre française des Armées Sylvie Goulard a aussi pointé la « formidable fenêtre d’opportunité » créée par le contexte géopolitique actuel. La défense européenne peut reposer sur des actions à 27 ou des coopérations plus resserrées entre quelques pays, a ajouté la ministre française. « Il n’y a pas de volonté d’exclure qui que ce soit », a-t-elle insisté face aux inquiétudes de certains pays, notamment d’Europe de l’Est, de ne pas faire partie du « premier cercle ». Mais « un certain nombre d’outils nous permettent de travailler de façon plus pragmatique », a noté Sylvie Goulard.