Décès d’André Turcat, le premier pilote d’essai du Concorde, à l’âge de 94 ans

André Turcat, le premier aviateur à avoir fait décoller le Concorde le 2 mars 1969, est décédé lundi soir à l’âge de 94 ans à son domicile dans la région d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), a appris l’AFP auprès de sa famille mardi.

Pilote d’essai du premier vol du prototype 001 du célèbre appareil, André Turcat était aussi aux commandes quand le Concorde avait franchi pour la première fois le mur du son, le 1er octobre 1969. Il avait pris la défense de cet avion de légende après l’accident du supersonique à Roissy en juillet 2000, qui avait fait 113 morts, allant jusqu’à témoigner à la barre en 2010. Géant au crâne chauve, au regard clair, surnommé « le Grand Turc » par ses collaborateurs, ce pionnier de l’aéronautique moderne s’était fait une spécialité de battre les records, notamment en devenant en 1954, à bord de l’avion expérimental « Gerfaut I », le premier pilote européen à franchir le « mur du son » en palier.

Né le 23 octobre 1921 à Marseille (Bouche-du-Rhône) dans une famille de constructeurs d’automobiles, André Turcat sort de l’Ecole Polytechnique en 1942. Officier de l’Armée de l’air, breveté pilote en 1947, il se retrouve chef d’opérations en Indochine. Nommé en 1952 directeur de l’Ecole du personnel navigant d’essai de l’Armée de l’air, il entre, l’année suivante, comme chef pilote d’essais à la SFECMAS, absorbée bientôt par Nord-Aviation. C’est alors qu’il met au point les « Gerfaut » et le « Griffon ». A Sud-Aviation (devenue Aérospatiale puis EADS) de 1964 jusqu’à sa retraite en 1976, il devient directeur des essais en vol de « Concorde ». Titulaire de plus de 6.000 heures de vol, ce gaulliste convaincu avait occupé le poste de conseiller pour les affaires industrielles et les technologies de pointe au secrétariat général du RPR. Adjoint au maire de Toulouse de 1971 à 1977, il fut aussi député au Parlement européen de 1980 à 1981.

Marié et père de trois enfants, André Turcat avait raconté l’aventure du Concorde dans plusieurs ouvrages, dont « Concorde, essais et batailles », et a aussi écrit ses mémoires, intitulées « Pilote d’essais ».

Le Concorde, symbole de luxe et d’avancées technologiques

Dimanche 2 mars 1969: dans le hurlement de ses quatre réacteurs géants, Concorde 001, aux mains du pilote d’essai André Turcat, arrache pour la première fois ses 112 tonnes du sol de l’aérodrome de Toulouse-Blagnac pour commencer la grande aventure du supersonique commercial. Symbole de luxe et d’avancées technologiques, cet appareil marquera l’histoire du transport aérien jusqu’au terrible crash de juillet 2000, déterminant dans la mise au hangar du supersonique franco-britannique.

Le 25 juillet 2000, le Concorde AF4590 d’Air France assurant la liaison Paris/New York s’écrase juste après son décollage sur un hôtel de Gonesse, en banlieue parisienne. Le bilan humain est lourd: 113 morts, dont quatre personnes au sol. Le supersonique ne se relèvera pas de son unique crash. Déjà difficilement rentable avant l’accident, l’avion, gourmand en kérosène, ne survit pas à la crise du transport aérien consécutive aux attentats du 11 septembre 2001. Le 31 mai 2003 a lieu le dernier vol commercial sous les couleurs d’Air France, puis le 24 octobre, sous celles de British Airways entre New York et Londres.

Le Concorde, construit par les équipes de Sud-Aviation (Aerospatiale puis EADS) et British Aircraft Corporation (BAE Systems), pouvait transporter entre 100 et 144 passagers à une vitesse de croisière de Mach 2,04 (2.200 km/h environ) à 15.000/18.000 m d’altitude. Dès 1969, cet appareil au profil unique, avec ses ailes delta et un nez fin et pointu, franchit le mur du son. De 1976 à 2003, 14 Concorde sont exploités commercialement (sept français, sept anglais). Seule une poignée de privilégiés peut s’offrir le luxe d’une liaison Paris/New York en 3h30. Controversé avant même d’exister, Concorde a suscité une série de crises comme aucun programme aéronautique n’en avait connu. Le coût de fabrication avait été jugé trop onéreux, les écologistes américains craignaient que l’ozone de la stratosphère ne fut affecté. Les autorités de Washington et de New York tergiversèrent longtemps sous la pression des riverains qui redoutaient une avalanche de décibels insupportables. Il doit aussi faire face à la concurrence du Tupolev 144, baptisé « Concordski » par la presse, qui sera, le 31 décembre 1968, le premier avion de transport supersonique à décoller pour un vol de 38 minutes à vitesse subsonique. L’appareil n’est pas au bout de ses peines puisque les compagnies étrangères qui avaient pris des options ne les transforment pas en commande ferme. En 1979, les gouvernements français et britannique décident de limiter la série de fabrication à seize appareils. De nombreuses escales ou liaisons sont abandonnées. Les deux compagnies se replient sur New York à partir de Londres et Paris et développent les vols charters.

Dans son livre sur le supersonique, André Turcat souligne que « la poêle en Téflon de la ménagère, les rotules en tissus de fibres de verre imprégné pour les foreuses en mer, les machines-outils ou les bateaux de plaisance, les barres de poussée et les bielles dans l’automobile ont largement bénéficié des mises au point du Concorde. » Le père de Concorde, Lucien Servanty, est mort à Toulouse en 1973 à l’âge de 64 ans sans avoir jamais volé sur cet avion.

afp