Quels débats mener? / La campagne pour les européennes tarde à se mettre en route

Jacques Hillion / La campagne électorale pour les élections européennes a des difficultés à démarrer. Les listes sont prêtes, les candidats sont en lice… Mais, il faut dire, à leurs corps défendant, que les yeux sont braqués sur Londres avec la tragicomédie qui s’y déroule, mais dont tout indique que le dénouement risque bien de ne pas être heureux. La Première ministre, Theresa May, résiste contre vents et marées à une Chambre des communes qui rejette toute proposition et enlise le débat. Le spectacle offert par la classe politique britannique est pathétique et, qui plus est, révélateur de certaines pratiques et des maux dont souffre l’Union européenne. Il suffit de se remémorer la campagne du référendum sur le «in» ou le «out» et les «fake-news» véhiculées par Boris Johnson – «Nous envoyons 350 millions de livres par semaine à l’UE» –, ou Nigel Farage et ses cohortes de migrants prêts à fondre sur le Royaume-Uni.

Depuis la «crise migratoire» de 2015 – dont les brexiters se sont nourris –, les populismes et l’extrême droite n’ont cessé de monter en puissance sur le Vieux Continent avec comme boucs émissaires le migrant et le musulman.

Une étude relayée par les journaux du réseau Europa, et menée dans quatorze Etats membres fournissant les quatre cinquièmes des députés européens, tend cependant à montrer que l’immigration ne serait pas le thème majeur des élections européennes. 14% des personnes interrogées la considèrent comme une menace principale. Les thèmes sociaux (coût de la vie, santé, chômage) seraient ainsi au cœur des préoccupations.

Le contrôle des frontières exporté en Turquie ou en Libye, la montée en puissance de Frontex ne sont certainement pas étrangers à cette situation.

Il suffit cependant de se souvenir des réactions au pacte de Marrakech lequel a, sur les réseaux sociaux, eu droit à sa part d’intox fantaisistes alors qu’il ne s’agissait que de s’organiser au niveau de l’ONU pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

Même si les migrations n’apparaissent pas comme un sujet majeur de la campagne, il serait dommage que les candidats ne s’en emparent pas. Ne serait-ce que pour ne pas laisser le terrain aux fake news. Mais surtout parce que l’Europe est loin d’être exemplaire sur ce sujet. Entre absence de solidarité et absence de politique commune, il reste beaucoup de chemin à parcourir pour se doter d’une politique migratoire humaniste.