Mine de rien /Donald Trump, un an après son investiture

Danièle Fonck /Donald Trump est un excellent client pour les médias. Son comportement, sa mimique, ses tweets, ses propos volontairement provocateurs sont autant d’éléments qui alimentent colonnes de journaux et vidéos du web, sans pour autant nuire à sa popularité auprès d’un électorat convaincu de l’efficacité de ses décisions. Moqué, ridiculisé, infantilisé, «The Donald» n’en a pas moins réussi, au cours de sa première année de présidence, à faire adopter les principales lois qu’il avait annoncées, et ce par un Congrès que l’on prétendait hostile au président.

En vérité, les républicains suivront Trump parce qu’il défend leurs intérêts financiers et économiques. A y regarder de près, tout ou presque réussit au maître de la Maison-Blanche. Qu’il regarde ou non la télé, qu’il travaille beaucoup ou fort peu. En politique étrangère par exemple, où l’«America First» commence à faire loi. Les Etats-Unis veillent à maintenir leur hégémonie, tantôt directement, tantôt par alliés interposés. En Afghanistan, ils renforcent leur présence militaire. Et voilà que débarquent des troupes supplémentaires en Syrie (il y avait déjà 2.000 soldats) pour bien montrer aux Russes et aux Iraniens que Washington ne cèdera pas le terrain. Le sale boulot contre Daech a pu être largement laissé à la Russie, pas question cependant de la laisser déterminer – avec ou sans Assad – l’avenir de ce pays stratégique.

Pas question non plus de laisser tomber l’Arabie saoudite et encore moins Israël, même si la diplomatie américaine joue sur les deux tableaux. Les ennemis d’hier restent ceux d’aujourd’hui, c’est-à-dire ceux qui pourraient nuire aux intérêts de la superpuissance: la Russie est sous surveillance et la Chine ne sera pas amie…

Mine de rien, celui que l’on préfère réduire à sa chevelure orangée et à ses frasques est bien mieux entouré et conseillé qu’on ne le concède généralement et il ne dévie finalement en rien du chemin que les Etats-Unis se sont fixé il y a belle lurette, celui d’«America First», «USA Super Power», bref, de la superpuissance.

L’Union européenne face à tout cela? Toujours mal en point faute de politique étrangère commune, plus déchirée que jamais en son sein avec des Etats membres, telles la Hongrie et la Pologne, qui ignorent l’acquis communautaire au sens large du terme, faute d’avoir pu partager les débuts de l’histoire commune et à cause de dirigeants qui ne font rien pour, peu à peu, l’appréhender. Une Union de surcroît affaiblie par les tergiversations et la vacance du pouvoir en Allemagne. Une Europe qui, en définitive, compte peu ou prou pour Washington.

A l’instar de Ronald Reagan hier, Donald Trump pourrait bien imposer ses choix dans la durée. Ce qui serait, à nos yeux, catastrophique.