De Luciole a e-Care

Aux commandes de son ULM électrique, il rêve de Lindbergh
 
Michel Petit – mpetit@le-jeudi.lu
 
Quand Jean-Luc Soullier embarque dans son ULM électrique, Luciole, l’aéroplane pèse moins de 200 kg. De quoi, en 2015, suivre la voie céleste du «Spirit of St. Louis». Il y a du génie et de la prouesse dans l’air.

490_0008_12508310_club«On dit de lui qu’il est le spécialiste mondial de l’avion électrique». Parole d’acolyte, de collaborateur. De Roman Marcinowski, directeur de la société AeroSkyLux, établie à Perlé. Marcinowski, issu du milieu de la banque et pilote d’ULM, parle ainsi de Jean-Luc Soullier, un véritable phénomène.

[cleeng_content id= »205990923″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]S’il garde les pieds sur terre, Soullier est de toutes les latitudes. Un rien marocain par son lieu de naissance (1957), un rien belge par son domicile et sa compagne, un rien luxembourgeois par le siège de sa société. Et pas mal français par sa nationalité et, plus encore, par le lieu de tous ses exploits, le sud-est de la France, sur les contreforts de la montagne de la Lure, réputée site idoine de l’aérologie.

Jean-Luc Soullier vit dans la lune et dans les airs, quasi depuis qu’il a quitté le sein de sa mère. Un premier vol à l’âge de 20 ans, pilote commercial, à l’armée, d’hélicoptère, d’ULM, de planeur, parachutiste, instructeur, consultant pour Airbus et pour quelques armées… Il affiche 17.000 heures de vol. Et, accessoirement, possède une intéressante collection de coucous.

Depuis une dizaine d’années, Jean-Luc Soullier ne rêve plus que d’ultraléger motorisé. Mais équipé d’un moteur électrique alimenté par une pile rechargeable et de cellules photovoltaïques. C’est pour lui «l’aviation de demain», incarnée aujourd’hui par son aéroplane monoplace, le Luciole.

Luciole, c’est une structure conçue par Michel Colomban: un peu de bois, de la toile, du carbone, de l’aluminium et du titane. A vide, la bestiole toise 65 kg (plus le poids des batteries, plus celui du pilote), sous sept mètres d’envergure. C’est encore une superbe invention, le déturbulateur, qui, sans les éliminer, casse les turbulences qui se créent lors des mouvements de l’avion, surtout au bout des ailes. Un équipement qui économise 20% d’énergie. C’est encore un logiciel, mis au point par un informaticien français proche de la société, qui permet, de seconde en seconde, d’enregistrer et d’analyser 80 paramètres des faits et gestes du Luciole. «Je pense que nous sommes les seuls au monde à détenir une telle base de données», glisse Roman Marcinowski.
 
Sans se brûler les ailes

D’ores et déjà, le Luciole fait valoir quelques records, homologués par la Fédération aéronautique internationale (FAI). Ainsi, ceux de vitesse en aéroplane à propulsion électrique (près de 190 km/h), de distance (50 km), de vitesse en boucle (136 km/h) et d’altitude (2.366 mètres).

Pour l’heure, Jean-Luc Soullier est à pied d’œuvre à la montagne de la Lure, à l’aérodrome de Saint-Auban, prêt à de nouveaux exploits à bord de son ULM, mieux équipé. Un exemple: il compte grimper à 3.000 puis à 6.000 mètres (avec le secret espoir de voler, tôt ou tard, à 10.000 mètres). Rendez-vous début avril.

Toujours est-il que Jean-Luc Soullier compte traverser l’Atlantique d’ouest en est, en juillet prochain, mais en prévoyant des atterrissages en Belgique, en Islande, dans le sud du Groenland, pour rejoindre Saint-Pierre-et-Miquelon. Autant d’escales qui permettront au pilote de recharger sa batterie. «Ensuite, nous nous rendrons au salon mondial de l’aéronautique, à Oshkosh, dans le Wisconsin, un salon d’une taille dix fois supérieure au Bourget.» De quoi séduire des constructeurs nord-américains?

Mais c’est le millésime 2015 que la société luxembourgeoise compte marquer d’une pierre blanche: à bord de l’Etlantic (une envergure de 15 mètres, 10 m2 de panneaux solaires, une masse à vide de 105 kg, une batterie et même… un parachute), Jean-Luc Soullier espère franchir l’Atlantique, soit quelque 6.000 km, sans escale cette fois. Un peu comme Charles Lindbergh, en 1927, à bord du Spirit of St. Louis.

«Nous tenterons l’exploit à l’occasion du salon du Bourget, commente Roman
Marcinowski. Cela dit, tous ces records ont pour objectif de faire connaître et confirmer notre technologie, nos acquis. Avec un moteur électrique, nous sommes capables de voler plusieurs heures à n’importe quelle altitude. Ceci en dehors du véritable exploit sportif.»

AeroSkylux voit plus loin que le nez de son avion. D’ici peu, E-Care, un biplace cette fois, prendra les airs. Ce sera, si le ciel le veut, un premier développement économique. De même, la société luxembourgeoise imagine une application de son fameux déturbulateur à tout ce qui touche à l’aérodynamique, les voitures par exemple. Puis, pourquoi pas? en raison de son silence et de son absence des écrans radars, explorer le monde discret de l’observation et de la surveillance.

E-Care, sans se brûler les ailes.

Luxinnovation
 
Pour l’heure, Jean-Luc Soullier et sa petite bande, au plan financier, se débrouillent essentiellement avec des fonds propres. De-ci de-là, ils tendent des perches pour obtenir des aides morales et financières. Au Luxembourg, ce n’est pas le top: la société luxembourgeoise établie à Perlé a juste essuyé des fins de non-recevoir du côté de Luxinnovation (voir à cet égard en page 14) et de Cargolux.

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