De l’école / Règles de conduite

Dans quelques mois, j’aurai quitté définitivement les bancs de mon lycée depuis cinquante ans. Il est donc évident que bien des choses que j’ai vécues en tant qu’élève ont changé fondamentalement. Et je ne veux pas seulement parler des conditions matérielles, tel ce poêle que le concierge venait régulièrement charger pour nous chauffer dans la salle qui était la nôtre en septième.

Je ne voudrais pas non plus évoquer les programmes des différentes disciplines qui ont évolué (du moins partiellement) au fil du temps.

Par contre, ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est la relation fondamentalement autre entre professeur et élève. Bien sûr, à mon époque, il y en avait aussi qui étaient pédagogues au sens que le Larousse donne à cet adjectif: «qui a le sens de l’enseignement, qui sait enseigner». Ils transmettaient leur savoir en respectant l’élève.

Mais il y avait aussi les autres, et j’en ai connu beaucoup: ceux pour qui seule comptait la discipline dans sa signification militaire. Ce professeur de mathématiques qui nous faisait trembler, de crainte qu’il nous traite de nouveau de tous les noms à la moindre erreur, ce professeur de français qui confondait punitions et notes dans les devoirs, ce professeur d’éducation artistique qui, pour la moindre entorse au silence imposé, nous faisait copier des dizaines de pages du «Brunnen», et la liste est très loin d’être exhaustive.

Le premier a dégoûté des maths nombre de mes camarades, le second a été le seul à gratifier mes rédactions d’une note insuffisante, alors que son français à lui était pour le moins malhabile, le troisième, peintre de qualité, m’a laissé comme seul souvenir qu’il fallait utiliser le tube de gouache en comprimant le bas, mais il ne m’a jamais appris la moindre technique de dessin.

Comme stagiaire, puis comme professeur, j’ai vu ce type d’enseignant disparaître presque entièrement. Est-ce pour autant que l’indiscipline des élèves a tellement augmenté? Je ne le crois pas vraiment, même si quelques-uns de mes collègues (ils étaient très rares) ont toujours connu des problèmes pour se faire respecter en classe.

Le règlement de discipline, dont on n’appliquait quasiment jamais les mesures les plus drastiques, suffisait amplement pour que la vie dans la communauté scolaire soit plutôt harmonieuse. En tout cas, les élèves n’étaient guère choqués qu’on leur imposât un tel règlement.

Les temps semblent avoir changé. Dans leurs projets de réforme de l’enseignement secondaire, autant Mady Delvaux-Stehres que Claude Meisch semblent avoir peur de certains mots, comme «discipline» par exemple. Ainsi, aujourd’hui, on va parler de «règles de conduite»; cela ne change pas grand-chose au contenu, mais cela édulcore. Ne peut-on plus demander à un élève d’être «discipliné», donc «soum[is] […] à un ensemble de règles qui garantissent l’ordre dans la collectivité où il se trouve» (Larousse)? Quelle hypocrisie! Est-ce qu’on croit vraiment améliorer la qualité de l’école en dulcifiant le vocabulaire?

Andre Wengler