Dans un hôtel, je suis tombé sur Le Figaro et, malgré mes divergences quant à l’idéologie, je n’ai pas manqué de parcourir un quotidien qui, du point de vue de l’écriture, reste de très grande qualité. Sur deux pages, réservées l’une aux «Débats», l’autre aux «Opinions», j’ai pu lire trois articles sur quatre qui, incidemment, évoquent l’école.
Comme il fallait s’y attendre dans ce journal, les auteurs allaient se montrer très critiques envers l’école française. Notre école à nous n’étant pas fondamentalement différente de celle que l’on retrouve au Sud de Mondorf ou de Differdange, il est fort à supposer que les trois auteurs, devenus luxembourgeois, ne manqueraient pas de formuler des critiques fort semblables, même si l’actuel ministre de l’Education nationale est loin d’être socialiste, comme Mme Najat Vallaud-Belkacem. Alors parcourons cette mise en question de l’école. Le philosophe Robert Redeker aborde le problème dans le cadre de La téléréalité et l’extension du domaine de la bêtise; il écrit entre autres: «Il existe un lien entre l’impolitesse encouragée par notre école, hélas en pleine décadence, et la vulgarité télévisuelle. La télé-Hanouna et l’école, ce qu’est devenue l’école, militent sans le savoir pour la même cause: la loi de celui qui crie le plus fort, la loi de celui qui se conduit en petit caïd…»
Donnons ensuite la parole à la professeure de géopolitique Anne-Sophie Letac, dont l’article traite de la lutte entre vieux et jeunes: «…les programmes scolaires, inversant les rôles, exigent des élèves qu’ils s’interrogent sur le savoir comme s’ils étaient déjà experts alors qu’ils n’ont encore rien appris. Transmettre, exercer une autorité devient suspect…».
La troisième, la journaliste, chouchou des médias, Natacha Polony, disserte sur «une expérience menée dans certaines prisons françaises pour lutter contre la radicalisation: des cours d’astronomie». Je relèverai les lignes suivantes: «Et toutes les institutions qui devaient nous inciter à regarder les étoiles, à nous nourrir de ces espaces, ont renoncé, de l’école qui ne sait plus donner envie de savoir et de se dépasser, à la famille, dont l’explosion a laissé s’installer le règne du jeu solitaire devant l’écran.» Que de responsabilités pour l’école! On a l’impression que tous les maux du monde proviennent d’elle.
C’est un peu facile, et je remercie Natacha Polony d’avoir intégré à son développement au moins un autre coupable: la famille. Trop nombreux sont ceux qui oublient que l’éducation de l’enfant ne devrait pas se faire prioritairement à l’école, mais bien dans son foyer. Dans une vie, les heures passées à l’école ne représentent qu’une portion bien modique. Mais là n’est qu’une réserve par rapport aux propos exprimés dans ce Figaro. Même si ma vision du monde scolaire se limite en grande partie à une carrière passée dans un lycée dit «classique», je réfute les affirmations trop simplistes. Comment peut-on parler d’un encouragement de l’impolitesse, d’une absence d’autorité, d’un renoncement à l’envie de savoir?
Qu’il y ait des difficultés dans ces domaines, personne ne le nie; mais il y a toujours eu ces difficultés, et il y a toujours eu des enseignants capables de les surmonter quels qu’aient été les contenus des programmes et des théories pédagogiques. Il suffit de faire un petit tour sur les sites Internet de nos lycées pour trouver les réponses aux reproches émis bien trop souvent.
Andre Wengler




