De la ville à la scène, la garde-robe de Dalida comme un « journal intime »

De ses robes couleur pastel de jeune fille à ses spectaculaires costumes de scène, la garde-robe de Dalida se dévoile au Palais Galliera à partir de jeudi, comme « un journal intime » de la star, trente ans après sa disparition.

Issues d’une donation du frère de la chanteuse, Orlando, quelque 110 tenues sont exposées jusqu’au 13 août dans ce musée de la mode de la ville de Paris, ainsi qu’une cinquantaine d’accessoires, bijoux et chaussures.

« Dalida a fait sa carrière à Paris, c’est Paris qui l’a lancée », rappelle Orlando. « Il était juste que ces robes soient toutes réunies dans ce temple de la mode, que ce soit un don à la ville de Paris, que cela devienne patrimoine national ». « Je ne voulais pas que les robes de ma soeur soient dispersées lors d’une vente aux enchères. C’est le plus bel hommage que je puisse faire à Dalida« , a-t-il expliqué à l’AFP en découvrant la scénographie, « ébloui et ému ». L’exposition démarre avec des robes de jeune fille à la silhouette marquée par l’influence du « New Look ». Des jupes à la taille de guêpe qui mettaient en valeur la plastique irréprochable de la belle brune, couronnée Miss Egypte en 1954 et débarquée peu après à Paris.

A côté de ces robes fifties aux tons pastel griffées notamment Jacques Esterel, trône une robe bustier hollywoodienne en velours rouge, créée par le couturier Jean Dessès pour le premier récital de la chanteuse à Bobino en 1958. Le vestiaire à la scène se fait ensuite plus grave, alors que le répertoire change et que la vie personnelle de Dalida est marquée par la mort en 1967 de celui qu’elle aime, le chanteur italien Luigi Tenco.

La star, à la vie émaillée de drames, donne des récitals dans de longues robes blanches hiératiques, une silhouette inaugurée par une création de Balmain en soie ivoire. Aux robes de scène en blanc ou noir s’oppose un vestiaire de jour marqué par la mode hippie, avec ses imprimés fleuris et ses inspirations ethniques.

– Costumes de shows –

Avec la vague disco arrivent les paillettes, comme sur une longue robe bustier argentée signée Loris Azzaro. Ses spectacles deviennent des grands shows, et Dalida confie ses habits de scène aux costumiers Michel Fresnay et Mine Barral Vergez.

Les tenues sont présentées sur des disques d’or géants qui tournent devant les vidéos de quelques grands succès de cette icône populaire. Comme l’exubérant costume rose de meneuse de revue porté par Dalida pour chanter « Comme disait Mistinguett » au Palais des Sports en 1980. Ou une combinaison-pantalon achetée en Turquie pour interpréter « Salma ya salama » en 1977.

Les années 1980 sont aussi marquées par des tenues très épaulées, en cuir, signées Jean-Claude Jitrois.

Une salle regroupe les robes de ses apparitions cinématographiques, dont « Le sixième jour » de Youssef Chahine, sorti quelques mois avant le suicide de la chanteuse, à 54 ans. Cette exceptionnelle garde-robe exprime la variété des styles adoptés par la star pendant trente ans, souligne la commissaire de l’exposition, Sandrine Tinturier. « Il y a quelque chose de l’ordre du fétiche dans ses robes, de l’ordre du journal intime, elles racontent une période, et Dalida ne s’en sépare pas », commente-t-elle.

La chanteuse, qui « avait un vrai amour du vêtement et une vraie conscience de ce qu’elle pouvait porter », n’hésite pas à remettre plusieurs fois les mêmes habits. Comme une robe Carven, portée en 1961 pour une rencontre avec l’impératrice d’Iran Farah Diba, puis à l’Olympia. Ou l’ensemble chemisier et jupe rose qui l’habillait au moment de l’élection de François Mitterrand en 1981 et qu’elle arbore peu après pour l’émission télévisée « L’Ecole des fans ». Le Canadien Robert Carsen, qui a signé la scénographie de cette exposition, a voulu « l’appréhender de la manière la plus intime ». Dalida était « un personnage très touchant. Dans sa garde-robe, je voulais qu’on puisse la sentir elle », a expliqué le metteur en scène.

afp