Que de fautes! / DE l’ecole

De la carte de menu au restaurant à l’annonce publicitaire dans le journal, le lecteur attentif est confronté partout à des fautes de français, et cela non seulement au Luxembourg, mais également dans la patrie de la langue de Molière. Ce constat n’empêche nullement le Luxembourgeois moyen, et plus encore le patron d’entreprise (petite ou grande), de vitupérer l’école luxembourgeoise en raison de son incapacité à enseigner un français correct aux élèves autochtones. De fait, je serais curieux de tester la plupart de ces critiques quant à leurs compétences linguistiques. Je doute fort que tous jonglent aisément avec les difficultés de la langue.

Mais là n’est pas mon propos! Il m’importe de montrer que les fautes de français ne sont en rien l’apanage des petits Luxembourgeois. Un dossier du CNESCO (Conseil national d’évaluation du système scolaire), car cela existe en France, intitulé: Ecrire et rédiger – Comment guider les élèves dans leurs apprentissages?, nous apporte des renseignements précis sur la chose.

Ainsi à quelque trente années d’intervalle, une même dictée de 67 mots et 16 signes de ponctuation a été proposée en CM2 (élèves de 10-11 ans). Le constat est sidérant: en 1987, 31% des élèves avaient fait 5 erreurs ou moins, et 5% en avaient fait 25 ou plus. En 2015, ils étaient seulement 8% à faire moins de 5 erreurs, et parallèlement ils étaient 20 % à faire 25 fautes ou plus. J’ignore si dans notre pays le constat serait semblable; j’ose croire qu’il serait un peu moins prononcé. Mais, comme chez nous le terme de «faute» semble banni du vocabulaire pédagogiste (il faut parler de «compétence»), je ne pense pas que nous n’apprendrons jamais toute la vérité sur la chose. Je me rappelle que certains collègues de branches non linguistiques, enseignées en français au lycée, nous reprochaient aussi, à nous autres profs de français, de ne pas bien préparer les élèves à la langue d’enseignement.

Je ne sais si le constat du CNESCO les consolera, mais il leur montrera que leurs collègues français ne sont guère mieux lotis: «Les difficultés à rédiger ne concernent pas uniquement la production de texte en français. En histoire-géographie et éducation civique, 60% des élèves de 3e n’ont pas su rédiger un texte cohérent … à partir d’une liste de mots donnés. Ils ont parfois répondu par des mots, des suites de mots ou une seule phrase sur plusieurs lignes. […] En sciences, les enquêtes montrent également un fort décalage du taux de non-réponse entre un QCM et une question à réponse construite. Ainsi, 20% des questions ouvertes … restent sans réponse, contre 3% lorsqu’il s’agit d’un QCM.»

Il s’agit incontestablement de reconnaître que les maladresses linguistiques (du moins en français, mais il serait étonnant qu’il en fût autrement en allemand) constituent un phénomène (regrettable!) dans le cheminement de l’apprentissage des élèves.

Cela ne signifie toutefois en rien qu’il s’agit d’accepter ce phénomène sans réagir, au contraire! Le CNESCO propose un certain nombre de voies à suivre pour remédier à la situation actuelle. J’en reparlerai dans une prochaine chronique.

André Wengler