Danièle Fonck / Eviterle surplace

Ce fut la journée de la francophonie…

Celle donc de dizaines de millions de personnes à travers le monde comme le faisait très justement remarquer un confrère, celle-là même qui sert à la compréhension, à l’éducation, au partage du savoir et, dès lors, à l’émancipation d’enfants et d’adolescents à travers tous les continents, pays et îles lointaines.

Le savons-nous seulement, nous qui sommes dans le superficiel si souvent et confondons volontiers la langue française et la France et résumons ainsi la chose à notre amour ou notre aversion pour nos voisins?

Croire que notre monde deviendrait plus limpide, plus simple, plus efficace avec une langue unique est un leurre.

D’autant que cette langue prétendument universelle n’est autre qu’un bidouillage, un «machin», dont la majorité ne maîtrise ni les finesses, ni les doubles sens, ni l’essence.

Les traductions et interprétations resteront toujours sujettes à malentendus et le plus banal des polars permet de s’en rendre compte. Essayez de lire Camilleri en italien, puis en traduction française et ensuite allemande. Trois livres différents!

La richesse d’une langue vient de ses origines, de son ancrage local, du mélange des populations migrantes qui l’a fait évoluer, de la contribution chantante sinon plus froide du climat, de l’environnement, de la géographie.

La Méditerranée n’est pas l’Atlantique; la montagne n’est pas la mer; le désert a d’autres impératifs qu’une mégalopole.

La langue se module sous l’influence des artistes qui la mettent en musique, au sens propre comme au sens figuré. Elle s’adapte et façonne ainsi la société et plus généralement les sociétés en mutation continue.

En parlons-nous avec la jeunesse? La rendons-nous attentive à ce trésor caché?

Non, bien sûr, occupés comme nous le sommes à être efficaces. Au point de nous appauvrir en créant un «babel» non point de la débauche, mais de l’inversion des valeurs et de la confusion des esprits.

L’économie et le social. Voilà les maîtres mots de ce qui nous guide.

Certes, il faut produire, faire avancer la richesse nationale pour satisfaire les besoins créés. Pour payer également les vrais progrès du monde occidental, comme ceux de la science, de la médecine, des régimes de sécurité sociale ou encore de retraite.

Pas, toutefois, sans réfléchir à cette nouvelle réalité qui consiste à entrer dans le monde du travail tard, à vouloir le quitter le plus tôt possible et à continuer de (bien) vivre et voyager pendant plusieurs décennies.

Certes, il faut assurer des revenus dignes. A l’inverse, a-t-on le droit de compenser par le seul argent le terrible manque d’éducation et de culture, source de tant de malheurs et de monstruosités?

Quel beau grand débat, n’est-ce pas?

Dans un pays capable d’envoyer des satellites dans l’univers et d’aller dans l’espace.

Oui, au-delà des langues et des communautés linguistiques, il y a des urgences qui dépassent le fait de savoir si un médecin est un docteur ou une docteure. La tête bien pleine est l’objectif, rien d’autre. Car elle est l’accès à la tolérance, seule apte à sauver l’humanité.