Quand votre cuisine se transforme en laboratoire cosmétique

Pour un démaquillant, versez du gel d’Aloe vera dans un bol, ajoutez une base micellaire, de l’extrait de concombre et dix gouttes de parfum naturel.

Les cosmétiques « maison », une tendance en plein essor, nécessitent toutefois certaines précautions. Aujourd’hui, tous les cosmétiques présents dans le commerce peuvent être reproduits à domicile. L’intérêt pour les consommateurs ?

Des produits « bien plus efficaces » et de « meilleure qualité » selon Chaïmaa Lahlou, « moins coûteux » et surtout qui ne provoquent pas de réactions allergiques, pour Hajer Chouaref. Toutes les deux sont passées, il y a quelques années, aux cosmétiques maison et « pour rien au monde » elles ne feraient marche arrière.

Savon, shampooing, spray hydratant, dentifrice, déodorant sont quelques exemples des cosmétiques qu’elles fabriquent.

« Je réagissais mal aux produits conventionnels », raconte à l’AFP Mme Chouaref, évoquant des allergies et des problèmes respiratoires. Mme Lahlou, quant à elle, peinait à trouver un shampooing correspondant parfaitement à ses cheveux frisés et à ce qu’elle désirait en faire. Aujourd’hui, elle fabrique le sien et n’a plus à couper ses pointes fourchues, comme c’était le cas auparavant. Autre atout: le prix. Acheter directement ses matières premières permet de s’affranchir du coût de fabrication, des intermédiaires, des marges des distributeurs et d’une partie des dépenses de marketing.

Résultats: des produits jusqu’à dix fois moins chers, à condition d’opter pour des cosmétiques ne nécessitant pas trop d’ingrédients, car ceux-ci peuvent devenir difficiles à rentabiliser.

Combien de femmes et d’hommes sont-ils passés aux cosmétiques maison? Difficile à dire, mais l’entreprise Aroma-Zone, pionnière du secteur, se targue d’un million de clients et d’un chiffre d’affaires de 52 millions d’euros en 2016, en incluant sa gamme de cosmétiques déjà prêts. Surtout, la société enregistre une croissance annuelle « forte et soutenue », selon la cofondatrice Anne Vausselin, avec des ventes en augmentation de 15% à 20% par an. Face à l’essor de cette tendance, source de concurrence, la Fédération des entreprises de la beauté (Febea) a lancé une campagne d’information intitulée « La cosmétique maison, pas si simple ». Il s’agit d’alerter le consommateur sur la nécessité de respecter un certain nombre de règles d’hygiène strictes: bien se laver les mains, nettoyer ses ustensiles avec des détergents, conserver ses produits dans des contenants en verre opaque et pas plus de 15 jours s’ils sont composés d’eau.

Une communication jugée « anxiogène » par Mme Vausselin: « quand ça finit par +appelez le 15+ et que vous voyez un microbe qui se balade et quelqu’un qui a un visage couvert de boutons, comment voulez-vous que le consommateur ait une vision objective? » Au contraire, la Febea estime qu’en communiquant sur les « bonnes pratiques », elle « valorise » les acteurs respectant la réglementation. Ce qui est le cas des principaux vendeurs ayant pignon sur rue.

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a d’ailleurs lancé une campagne d’inspection et, si elle a envoyé plusieurs injonctions, elle précise que cela ne concerne que des problèmes liés à des points de réglementation, la sécurité des substances n’étant nullement mise en cause. Le principal risque vient en fait de recettes diffusées sur internet par des particuliers. « De nos jours, les gens ont tendance à faire un blog au bout de trois recettes réalisées », alerte Charlie Marandet, présidente de l’association « Ensemble pour la cosmétique maison » et gérante d’une boutique depuis un an.

Elle cite l’exemple d’une « youtubeuse française » qui, en 2015, avait diffusé une recette d’un masque réalisé à partir de miel et de cannelle. Problème: la cannelle est dermocaustique et brûle la peau. Après la diffusion de la vidéo, de nombreux internautes s’étaient plaints de brûlures. « Heureusement, personne n’a fini à l’hôpital », relativise Charlie Marandet qui insiste tout de même sur la nécessité de s’informer et de suivre les consignes diffusées par des acteurs reconnus.

Dernière recommandation pour ceux qui fabriquent leurs produits chez eux: interdiction de les commercialiser, sous peine de risquer jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende.