Cruci-frictions

MBS, roi d’Arabie saoudite, un fol allié ou un fou à lier?

Le 21 avril dernier, le christianisme fêtait la résurrection de celui auquel il doit son nom et qui serait mort sur la croix trois jours plus tôt. Sans doute pour marquer son respect à la tradition chrétienne, c’est avec un tout petit peu de retard que le royaume d’Arabie saoudite a procédé le 24 avril à un simulacre de crucifixion. Simulacre, car la victime a d’abord été décapitée, avant d’être crucifiée. Le corps exhibé sur une croix étant déjà privé de vie, la mise en scène ne servait qu’à faire réfléchir les passants.

Le roi de ce sympathique pays, souvent désigné par les initiales MBS, est décidément plein d’égards et fait montre d’une grande tolérance. D’abord, il coupe la tête du condamné ensuite seulement, quand le supplicié ne peut plus souffrir, il fait installer le cadavre sur une croix. Pour le supplicié, il y a double peine certes, décapitation plus crucifixion, mais la deuxième étape n’est guère douloureuse. Et puis, en période de Pâques, c’est un aimable clin d’œil de MBS à ses chers alliés chrétiens. On nous l’avait assez dit que le nouveau roi était un progressiste, un monarque éclairé, un dirigeant moderne.

Autour du crucifié, 36 autres condamnés ont juste été décapités. Preuve supplémentaire de la grande modération de Sa Majesté. La double peine a été réservée à un seul des 37. De quoi étaient-ils accusés? Eh bien, comme d’habitude, de terrorisme. Comme quoi les soupçons de complicité du régime avec les terroristes sont scandaleux et infondés. Sur les 37, 33 étaient chiites. Il y a des endroits de la planète où chiite est un synonyme de terroriste. C’est une question de vocabulaire. C’est important le vocabulaire.

Ainsi, le mot crucifixion doit être bien orthographié. Si on écrivait cruci-fiction, ça pourrait être interprété comme une mise en doute de la réalité historique de cette histoire de chemin de croix, de lavage des mains de Ponce Pilate et de tout ce qui s’en est suivi. On le sait peu, mais le mot crucifixion a un synonyme. Il s’agit de crucifiement. Rarement employé mais parfaitement correct. Là encore, il faut veiller à respecter l’orthographe. Et éviter soigneusement crucifix-ment. J’en connais un qui s’est attiré des ennuis en déconnant sur ce sujet.

Les bonnes âmes «progressistes» de l’Occident n’ont pas pris de mesures, pas imposé de sanctions à MBS et à son pays. Pourquoi? Parce que l’Arabie saoudite est notre alliée. Et nos alliés sont forcément des gens bien. D’ailleurs, quand la France vend des armes à l’Arabie saoudite, elle sait que ces armes ne seront pas utilisées, parce que son allié le lui garantit. Et un allié ne ment pas.

Pourquoi cet allié achète-t-il des armes, si c’est pour ne pas les utiliser? Par gentillesse, tout simplement. Pour améliorer la balance des paiements de la France. Et puis, quand les USA disent qu’il ne faut pas critiquer leur allié MBS qui exécute à tour de bras, eh bien les alliés des USA doivent s’exécuter.

C’est une question de transitivité. Une règle mathématique assez simple à saisir. Si A est égal à B et que B est égal à C, alors A est égal à C. En d’autres termes, les alliés de mes alliés sont mes alliés, mais les ennemis de mes alliés sont mes ennemis. Par exemple, Cuba n’a plus appliqué une seule peine de mort depuis 2003. Mais Cuba n’est pas l’alliée des Etats-Unis, qui considèrent ce pays comme une dictature. Automatiquement, par transitivité, Cuba n’est pas non plus l’alliée des alliés des USA. Il est vrai qu’à Cuba, Pâques n’est même pas un jour férié. C’est dire le degré de sauvagerie de cette île perdue.

En Arabie saoudite non plus Pâques n’est pas férié, mais on a la délicatesse de rendre hommage à la crucifixion. Notre allié MBS ayant intégré nos traditions, la moindre des choses serait à notre tour de nous inspirer des siennes. Couper la main des voleurs, par exemple.

Le faire aux Balkany ne serait pas cruel. Ils ont le bras tellement long, que ça ne se verrait même pas.

Claude Frisoni